samedi 30 avril 2011

Valencia!

Valence! Pas la préfecture de la Drôme, mais la 3ème ville espagnole, berceau de la Paella et de la Horchata (ou orxata de chuffa pour les valenciens, sorte de lait végétal sucrée élaborée à partir de tubercule de souchet, si si on n'invente pas).

Cathédrale, de nuit.
La ville, située à 2h de Paris en avion (comptez autour de 100-150€ aller-retour), résulte d'une intégration harmonieuse de 20 siècles d'histoire. Fondée à l'époque romaine (dont les restes sont admirablement exposés dans la ville sous les glaces), elle a ensuite connue 
  • une période chrétienne (d'où la multitudes des édifices religieux), 
  • l'hégémonie musulmane sur Al-Andalus (dont il reste quelques touches çà et là, comme les thermes médiévales),
  • la Reconquista (la ville a été reprise par le Cid, oui, celui qui a du cœur), 
  • la Renaissance (qui forme l'essentiel du corpus architectural) et la Révolution industrielle. 
On y croise également des bâtiments Art Nouveau, Art Déco et des construction typiques XXIIème siècle (au moins), comme la cité des Arts et des Sciences. Idéal donc pour les fondus d'architecture.

Extraterrestre allant nourir le parc-mètre pour son vaisseau spatial.
Officiellement, ce vaisseau spatial est le musée des beaux arts,
 mais nous ne sommes pas dupe
Les amateurs de nature seront aussi servis, puisque, du nord de la vieille ville à l'hypermoderne cité des Arts et des Sciences, serpentent des jardins, installés dans l'ancien lit de la Turia, détournée après la grande inondation de 1957. Ceux-ci rappelle la tradition Maure, où tous les sens sont ravis : bruit des fontaines pour l'ouïe, variétés des espèces végétales pour la vue, feuilles soyeuses ou lisses pour le touché, arbres fruitiers pour le goût et enfin multitudes d'essences odorantes pour le nez (fleur d'oranger, une fantastique roseraie...).



Baños del Almirante
Si vous n'aimez ni architecture ni verdure, mais que vous avez un fouet, un chapeau de cowboy et que vous détestez les nazis, vous pouvez explorer la cathédrale. Vous y trouverez sans trop de problème un des potentiels Graal. Si vous pensez qu'une coupe aussi richement ornée était un peu hors du budget d'un charpentier, vous pouvez toujours grimper les 63m de la tour (le Micalet) pour profiter d'une vue sur l'intégralité de la vieille ville. De là, à 10 minutes à pieds, le marché de la soie, le marché central, les anciens bains (Baños del Almirante) ou les fouilles des ruines de la valence romaine. Valencia est également une ville de culture avec de nombreuses expositions, dont une en ce moment très complète sur les labyrinthes (jusqu'à fin mai).

Crapahuter dans la ville en long en large et en travers, ça creuse et ça donne soif... ça tombe bien, c'est le pays de l'orxata et des tapas, la charcuterie est juste fabuleuse (mention spéciale pour les jambons serrano et iberico). A ce propos, une très bonne adresse découverte par hasard, juste en dehors de la vieille ville: la Tableria. On y commande des assortiments de tapas, de fromages, de charcuterie servis sur des planches ( pour 2 à 6 personnes) à des prix très abordables. On peut ensuite finir dans l'un bars branchouilles et concepts de la Conde de Altea.

Une très bonne excursion pour un long weekend, où chacun pourra trouver de quoi satisfaire ses envies sans se ruiner.

Ellroy et les femmes


Ceux qui ont lu ou vu « le Dahlia noir » ou « L.A. confidential » se doute bien du fait que Ellroy, monument du roman noir américain, a quelques menus problèmes avec le beau sexe. Dans ces œuvres, les femmes, fragiles et fatales, sont soumises à la violence et aux désirs des hommes. Si leurs tripes (comme celles du Dahlia) ou leurs fesses (les prostituées de luxe de LA) sont bien en évidence, leurs cœurs restent éternellement insondables, hors de la portée des hommes.

Et bien en lisant « Ma part d'ombre », on comprend pourquoi. Jean Ellroy, mère de James, a été découverte le matin du 22 juin 1958 étranglée avec son bas dans la petite bourgade d'El Monte, à quelques km de L.A. L'auteur n'a alors qu'une dizaine d'année. Ma part d'ombre est le récit de l'histoire de Jean et de James. Le noyau d'une vie est là, dans le cliché noir et blanche du corps d'une femme « quarante ans/rousse/yeux noisette/ 1m67/60kg » retrouvée sur les abords d'un terrain de sport. Bonjour l'œdipe.

Le livre se scinde en plusieurs parties. Tout d'abord, l'enquête de 1958, précise et chronologique. Pas d'internet pour trouver les suspects, pas de tests ADN, l'enquête revient à user ses chaussures et les témoignages forment l'essentiel des preuves. On retrace les dernières heures de « la Rouquine ». Pourtant, on ne trouvera jamais de suspects convenables.

La deuxième partie retrace la descente aux enfers de James Ellroy, qui avant d'être écrivain à succès fut fils de divorcée, orphelin de mère, voleur à la petite semaine, menteur, tocard, voyeur, obsédé sexuel, drogué, fou pour finir contre toute attente en cadi dans les golfs chic de LA. Les romans policiers et les meurtres sordides de femmes deviennent une véritable obsession, une drogue, qui le rattache à sa mère tout en lui permettant de la désincarner. Le récit est cru, sale.

Enfin, Ellroy raconte l'enquête qu'il a mené en 1994 avec Bill Stoner de la criminelle. Les deux hommes ont repris entièrement le dossier Jean Ellroy. L'occasion pour l'auteur de confronter enfin le fantôme de sa mère et de s'y fondre.

Il m'a fallut un temps infini pour lire ce livre; il est long, très long, pour moi trop long. La première partie est très intéressante. Le style haché et froid permet de contempler ces meurtres de façon chirurgicale, sans pathos et c'est tant mieux. Mais le dernier chapitre (qui couvre 250 pages), on se perd dans une multitude de noms, de témoins, de retour à 0, de répétition. Si cela mime très efficacement les frustrations d'une enquête (qui dure plusieurs mois), j'ai eu du mal à rester accroché.

Un voyage très noir et sans complaisance au cœur d'une certaine Amérique de la fin des années 50, où le rêve se fissure.

Monsieur Lapin

Ce matin, un lapin, a ... été proprement préparé pour me servir de repas. Enfin pas ce matin, mais hier matin. Parce que hier, c'était mon anniversaire et qu'il m'a été offert, ma foi, un fort bon repas.

Chez Monsieur Lapin.

Comme le nom l'indique, leur spécialité est le Lapin (oui, c'est vrai, vous aviez une chance sur deux, ça aurait pu être du Monsieur, mais je ne mange pas de ce pain-là, je mange du là-pain, suivez un peu!).

Menu et carte sont accessibles, mais le menu vaut vraiment le coup (et le coût): à la carte, ça vous reviendra très cher et les portions sont congrues. Par contre, le menu (38€ en soirée) vous rassasiera juste ce qu'il faut, et c'est tant mieux: je préfère cent fois avoir les papilles qui baignent dans un éblouissement organoleptique que les dents du fond dans la friture.

Commençons par le commencement, avec les entrées, ce qui nous permettra d'aller crescendo dans le plaisir éprouvé. Leurs entrées sont assez basiques: asperges poêlées au jambon serrano pour moi, et petits escargots pour notre pangoline. Rien d'exceptionnel ici, passons à la suite (pour ceux qui suivent et qui se disent: c'est pas très lapinesque tout ça, sachez qu'une terrine de lapin était aussi dans les choix possibles).

Arrivent les plats. Et là, attachez vos ceintures parce que c'est tout bonnement succulent. Mon tajine de lapin aux citrons confits et olives violettes était magnifiquement accompagné de délicats beignets de pommes de terre. Très bon plat en tant que tel, il a été littéralement éclipsé par la somptuosité gustative du croustillant de lapin...une viande parfaitement préparée, servie dans une sauce grandiose qui la met en valeur sans la faire disparaître, le tout dans une sorte de crêpe dentelle....FA-MEUX!

Cependant, ne croyez pas en être en reste après ces plats splendides parce que voilà les desserts. La pangoline, qui lorgnait sur le plateau de fromage en exergue à l'entrée, ne se fit pas prier pour déguster 3 lichettes, se pâmant à chaque bouchée, alors que votre serviteur, du haut de la sagesse conférée par son âge vénérable, fit le choix judicieux du gâteau au chocolat... Une pure merveille..mousseux et onctueux, goûteux sans être écoeurant, accompagné d'un caramel maison très réussi et d'une glace pralinée comme je n'en ai jamais mangée, nous nous sommes régalés!

Bref, un très bon restaurant thématique, un peu cher certes, à la déco un brin surannée (c'est le terme qu'ils emploieraient dans ce restaurant pour dire kitschouille), au service classe sans être pincé et à la bouffe fabuleuse. 

Verdict: on y retournera dans le futur, le midi pour contenter nos papilles sans que notre porte-monnaie ne nous tire (trop) la tête!

11 Rue Raymond Losserand - 75014 Paris 

Incendies

Si vous avez aimé Valse avec Bachir, que vous vous trouvez d'humeur un peu trop guillerette, ce film est fait pour vous.

A la mort de leur mère, originaire du Liban, deux faux-jumeaux canadiens se voient investis d'une étrange mission: retrouver leur père, qu'ils croyaient mort pendant la guerre du Liban (oui, celle relatée dans Valse avec Bachir) et leur frère, dont ils n'avaient jamais entendu parler.

Malgré leur relation conflictuelle avec leur mère, ils accèdent à son souhait et tentent de retracer son parcours à travers cette terrible période, levant le voile sur sa jeunesse dont ils ignoraient tout.

A travers cette quête personnelle, c'est l'histoire douloureuse du Liban que l'on revisite, grâce à un film au scénario bien construit, aux acteurs très convaincants et à la photographie travaillée. Cependant, le coeur de l'histoire implique un personnage au destin cruellement tragique, personnification du Liban de cette époque et cela risque de vous plomber le moral pendant un bon bout de temps.

Bref, un film très bon mais très dur, qu'il vaut le coup d'aller voir mais en y étant préparer.

Verdict: si je voyage dans le passé, je me l'offre en DVD, pour permettre à mes co-spectateurs de se faire des pauses kawaï entre deux.

Japon royaume des personnages

Si comme moi vous ne passez par le Champ de Mars que lors de la visite de la grand tante Praxède ou celle d'un correspondant allemand, vous n'allez pas souvent à la maison de la culture du Japon à Paris. Et c'est bien dommage.
En ce moment s'y tient une exposition gratuite sur les personnages dans la culture japonaise. Ils sont omniprésents depuis la naissance dans les années 50-60 de Astro-boy et d'Ultraman. Que l'on collectionne les Pokemons, que l'on se transforme en créature rose à paillete à l'adolescence (Kawaï), que l'on tombe amoureux d'une taie d'oreiller à l'effigie de Sailor Moon ou que l'on élise la mascotte de sa province, les personnages remplissent la vie des japonais, toutes tranches d'âge confondues. Plusieurs d'entre eux (les Pokemons, Albator...) sont devenus des ambassadeurs de la culture japonaise à l'étranger au travers des mangas, exportés en Occident (en particulier en France) depuis le début des années 80.
Cette expo se propose dans une première partie de retracer l'apparition de personnages clefs dans les différentes décennies, de brosser un tableau culturel succin du Japon de l'époque et d'expliquer un lien entre les deux. Par exemple, suite à l'explosion de la bulle économique (dans les années 90), on voit émerger des personnages « mous » (dans le texte) et plus rassurants comme cet adorable-trop-kawaï-je-craque-complètement-oui-je-suis-une-fille « Tare Panda » (littéralement panda paresseux). Puis on a l'occasion de regarder quelques des courts métrages amateurs diffusés sur internet et des clichés de l'intégration des personnages dans la vie quotidienne des japonais.
Maintenant l'expo est très courte (compter 30 mn), il ne faut pas s'attendre à y voir déballer une analyse socio-culturelle complète du phénomène. Elle se termine le 21 mai et les portes sont ouvertes de 12h à 19h du mardi au samedi, sauf le jeudi où ils font nocturnes jusqu'à 20h. C'est également ouvert jusqu'à 23h pour la nuit des musées (14 mai).
C'est peut être également l'occasion, pour mes confrères toqués de culture japonaise, de jeter un coup d'œil à leur programmation cinématographique (entrée 2-4euro, donc beaucoup plus abordable qu'une séance de ciné classique, qui veut venir avec moi au « Japan horreur »?) ou encore à leur cycle de conférences.

mardi 26 avril 2011

Gougères


J'ai découvert ce plat grâce à ma belle famille, c'est une longue histoire mais j'en suis maintenant une adepte que ce soit en repas le soir, en apéro ou...
Certainement que mon goût pour le fromage y est pour beaucoup.

Je les conjugue sous plein de formes : anneau, boule, mini, géante... Et je les agrémente avec tout ce qui me passe par la tête : herbes, paprika, pavot, lard...

La recette de base, c'est tout simplement la recette de la pâte à choux :

Faire chauffer 115g d'eau, un peu de sel, 20g de sucre (à enlever pour les préparations salées comme les gougères) et 100g de beurre.
Au moment de l'ébullition, jeter 125g de farine d'un seul coup.
Faire sécher à feu doux en tournant sans arrêt.
La pâte ne doit pas cuire mais former une boule se détachant bien de la casserole.
Incorporer 4 oeufs entiers l'un après l'autre hors du feu.
Pour les choux, laisser refroidir puis répartir sur une plaque beurrée en fonction de la recette choisie.

Pour les gougères, ajouter alors une partie des 125g de fromage rapé (gruyère ou comté). Répartir comme désiré sur une plaque et saupoudrer avec le reste de fromage rapé.(et autres aromates)
Faire cuire 30 minutes à 200°.

dimanche 17 avril 2011

Le Prédicateur de Camilla Läckberg

Le "magazine littéraire" ne s'y est pas trompé : le polar nordique est prolifique. Est ce un héritage des sagas? Le temps est-il tellement pourri en Suède qu'il ne reste qu'à écrire, comme le suggère les musiciens pop de Mando Diao? Quoi qu'il en soit encore un roman d'acte Sud : le prédicateur.
Les policiers de Tanumshede sont plus habitués aux conduites en état d'ivresse qu'aux meurtres. Alors que la bourgade touristique croule sous la canicule (et oui, même la Suède est concernée par le réchauffement climatique), voilà que l'on retrouve le cadavre d'une jeune touriste allemande, perché dans les rochers de Fjällbacka. Pour épaissir encore le mystère, le corps est disposé sur 2 squelettes de femme vieux de 20 ans. Les trois corps portent les mêmes marques de brutalité. Cette histoire n'est pas pour aider le tourisme ni l'humeur du chef de brigade. L'inspecteur Hedström se voit contraint de laisser tomber ses vacances et accessoirement sa femme enceinte jusqu'au cou pour déterrer de vieilles affaires de disparition et à se plonger dans les sales histoires de la famille Hult. Puisqu'il y a de la saga familiale à foison : du grand père magnétiseur de foules aux frères ennemis, rivalités, héritage, suicide, duperies sont au rende- vous...
Cet opus est moins bon que les autres : les personnages manquent de substance, spéciale mention à la femme enceinte capricieuse et insupportable, au chef de service absentéiste et fat, au flic décidé et intègre, blablabla... Les clichés nuisent à l'enquête, les abîmes vertigineuses de la famille Hult ne suffisent pas à compenser.