Un groupe de dilettantes tente de dealer ses bons plans en matière de livres, sorties, voyage, jeux et gastronomie...
dimanche 3 juin 2012
Seishi Yokomizo
dimanche 22 avril 2012
La sorcière d'Exmoor
dimanche 20 novembre 2011
La culture

Désemparée, je suis arrivée au Virgin des champs sans plus avoir de sf à me mettre sans la dent : fini Asimov, Zelazny, Holdstock, Simmons... Or ce magasin abrite un trésor au dernier étage : un vendeur passionné. Il m'oriente vers Iain Banks et son cycle de la Culture.
C'est du space opéra avec tous les ingrédients : vaisseaux spatiaux de tailles continentales; robots aux facultés démultipliées; races étranges qui se croisent aux confins des galaxies... La grande originalité du cycle est la civilisation imaginée avec beaucoup de détails par Banks. La Culture est une société qui dérive à bord de bâtiments aussi grands que des planètes, d'une tolérance sans limite; sans politique particulière, prise de pouvoirs, conflits, ou argent; où les êtres vivants, organiques ou mécanique, travaillent éventuellement pour le plaisir mais sans nécessité; le tout étant administré par les Mentaux, sorte de machines aux capacités de calcul infinies. Alors qu'elle dérive tranquillement dans l'univers, la Culture absorbe peu à peu d'autres sociétés, suffisamment ouvertes et évoluées. Dans le processus, la Culture fait intervenir son unité Contact, qui prépare le terrain et protège les secrets de la Culture. C'est là que le masque de société idéale laisse entrapercevoir un aspect plus cynique, où des drones légèrement psychopathes et des mercenaires peu scrupuleux infiltrent des mondes avec pour mission de les faire pencher «dans la bonne direction». Ce irrite les espèces les plus fières et belliqueuses et mène aux différentes évènements relatés dans chacun des 8 tomes du cycle.
Pour l'instant, je n'ai lu que le tome 1 (l'homme des jeux) et je suis dans le 3 (une sorte de guerre).
L'homme des jeux raconte comment un expert en jeux un peu blasé accepte d'intégrer Contact pour participer à un tournois dans l'empire d'Azad. Ces derniers ont eu le raffinement de créer le jeux le plus complexe jamais imaginer, tout en cultivant des mœurs sadiques. Le roman met en balance le champion de la culture, Gurgeh; et le monde d'Azad extrêmement hiérarchisé.
Une sorte de guerre adopte le point de vue d'un ennemi, un des derniers métamorphes, qui se range au coté des Idirans dans la guerre qu'il les oppose à la culture, et a pour mission de récupérer un Mental qui s'est échappé sur l'intouchable planète de morts.
Je suis un peu mitigée sur le cycle : le fond de l'histoire est fascinant, les scénarios bien pensés et les personnages intéressants; mais j'ai du mal avec le style assez lent de l'auteur. De plus, je n'arrive pas toujours à traduire ses descriptions en paysages mentaux et à me laisser emporter dans l'action. Çà vaut le coup d'essayer et de voir si la plume de l'auteur convient à sa sensibilité. Un grand avantage, il semble que chaque livre peut se lire indépendamment.
dimanche 4 septembre 2011
Quelques lectures de cet été






lundi 29 août 2011
Après Emily, Charlotte
mardi 23 août 2011
Orgueil et préjugés et zombies
Les moins :
Le graphisme est plus ou moins travaillé selon les vignettes et on a du coup parfois du mal à reconnaître les personnages féminins.
Les plus :
Je suis une fan de tout ce qui est combats à l'épée version asiatique donc j'ai été servie. (en plus ce sont des femmes !)
Le graphisme est vraiment agréable.
On retrouve bien le ton féministe, ironique et novateur de l’œuvre originale.
Plus et moins :
La parodie est beaucoup plus trash et sanglante (âmes sensibles s'abstenir même si les dessins en noir et blanc rendent l'hémoglobine moins visible), on perd donc bien sûr en finesse et en subtilité. Certaines scènes et intentions des personnages paraissent alors dénaturées mais n'est-ce pas le principe de cette parodie ? ;-)
En bref j'ai bien aimé pour ce que c'est, c'est à dire une parodie et donc loin derrière le roman original. J'ai appris peu de temps après qu'en fait l'auteur Seth Grahame-Smith en avait d'abord fait un roman. J'ai beaucoup aimé la BD mais je ne suis pas sûre que ce soit au point d'en lire le roman...
Je pense que cet interview de l'auteur éclaire un peu ses intentions...
L'homme qui voulait être heureux
Notre homme est un enseignant en vacances à Bali. Il est déjà tout de même un peu hors normes : il n'a pas choisit les vacances en voyage organisé où on court d'un monument à l'autre et on dort dans des grands hôtels pour touristes en croyant avoir tout vu du pays. Il loue une petite case sur une plage très peu fréquentée et part à la rencontre de lui-même et des gens.
Plusieurs personnes lui ont conseillé d'aller voir un guérisseur local. Il n'est pas malade mais tout de même intrigué et y va. Le diagnostic tombe : il n'est pas heureux !
Commence alors un petit parcours initiatique où le sympathique guérisseur lui propose des épreuves/exercices pour redécouvrir les vraies valeurs de la vie et peut-être le bonheur, pour sortir de toutes ces croyances quotidiennes dans lesquelles il s'enferme.
Je ne suis pas sûre que les références scientifiques soient très sures mais l'ensemble philosophique et psychologique du livre fait office d'une bonne piqûre de rappel de certaines vérités que l'on connait mais que l'on a du mal à avoir tout le temps en tête et encore plus à appliquer...
jeudi 18 août 2011
Mes infidélités avec Emily Brönte

J'ai adoré détester Heathcliff et vice et versa. J'ai lu ici qu'il fallait « dégothiser » les hauts des Hurlevents ; pourtant, l'ambiance graphique s'y prête à merveille : la lande glacée et inhospitalière, la sinistre demeure, la meute de chiens sauvages qui y règne, les fantômes et surtout (!!!) le regard noir de Heathcliff. Mais le fond est une saga où comment le désir, la violence et surtout un manque flagrant de communication entraînent deux familles dans une spirale de haine.
Le roman est raconté par une femme de charge sympathique et prolixe, Ellen, à un étranger, Loockwood, qui se décrit lui-même comme un asocial. Loockwood loue une maison dans ce pays montagneux pour s'éloigner du monde et doit revisiter sa définition de la misanthropie quand il rencontre son propriétaire, le despotique Heathcliff. En réalité, l'histoire commence 30 ans plus tôt, quand Earnshaw ramène en sa demeure des Hurlevents un orphelin, qu'il nomme Heathcliff. Si le fils ainé, Hindley rejète violemment cet usurpateur, favori du père; sa sœur, une petite chipie qui répond au nom de Catherine, l'adopte et devient son alliée. A la mort de Earnshaw, Heathcliff est dégradé en valet de ferme mais conserve l'affection tendre de Catherine. Les deux sauvageons parcourent la lande et se moquent du monde. Mais l'enfance s'achève et l'écart se creuse entre eux. Catherine se transforme en belle jeune fille, manipulatrice et égoïste, alors que Heathcliff avili par sa position sociale, devient de plus en plus rustre. Quand elle est courtisée par Linton un jeune notable, blond et sensible, Heathcliff ne peut le supporter. Il s'enfuit et décide de se venger de Hindley qui l'a réduit à la misère et des Lintons. Et question vengeance, on peut dire que Monté Cristo est bien enfoncé.
On est surpris par la noirceur des caractères d'Emily Brönte et par l'amour sado-masochiste entre Catherine et Heathcliff, particulièrement quand on pense que le roman a été écrit par une fille de pasteur dans l'Angleterre victorienne. Pourtant je me suis laissée entrainer par cette histoire macabre et complexe, par les descriptions magnifiques des paysages et les sentiments extrêmes des personnages.

(photo ici)
dimanche 31 juillet 2011
Univers post-apocalyptiques
Plutôt que 3 heures, je vais prendre 3 exemples, parce qu'il semblerait que les mêmes thèmes reviennent dans ce genre de situation.
A ma gauche, une suite de romans et quelques nouvelles, écrites par un des piliers de la littérature de science-fiction du XXème siècle, Philip José Farmer: Riverworld.
A ma droite, une bande dessinée, encore en cours de production, avec plein de vrais bouts de zombies dedans (et qui a été adaptée récemment en série à l'écran): the Walking Dead.
A ma...f***... mon autre droite, une autre série télévisée: Jericho.
Petit pitch pour qu'on voit de quoi on parle ici:
- dans Riverworld, l'intégralité de l'humanité, des néanderthaliens aux "sapiens" de 1983, quelque soit leur langue ou leur religion de leur vivant, est ressuscitée le long des rives d'un grand fleuve au fond d'une vallée encaissée. Le fleuve et la vallée zigzaguent sur la totalité de la surface de la planète. Et dans une région donnée, 80% des gens viennent de la même époque et 20% de tout et n'importe quoi, ie 80% d'égyptiens du moyen empire, plus des traders de ManHatten fin du XXème siècle, des révolutionnaires français et des néanderthaliens pour le reste...
- dans the Walking Dead, on suit les tribulations d'un groupe de survivants américains, des inconnus regroupés par la force des chose du coté d'Atlanta début XXIème siècle, alors que (ou puisque) la quasi totalité de l'espèce humaine a été transformée en zombies.
- dans Jericho, l'époque est la même, mais le focus est pointé sur une communauté rurale du Kansas, alors que les 23 principales villes américaines viennent d'être anéanties par des explosions nucléaires.
- comment évolue l'humain en situation de stress ou dans des situations auxquelles il n'a pas été préparé: devient-il un héros ou un bourreau ou reste-t-il avant tout le même. S'il change, est-ce à cause de son environnement, ou son environnement ne fait-il que révéler des comportements latents, que la civilisation actuelle avait réussi à domestiquer ou dissimuler?
- comment évolue les interactions sociales: retourne-t-on a des systèmes tribaux ou claniques, est-il plus avantageux de créer des grands groupes ou de petites unités, sédentaires ou nomades, la démocratie reste-t-elle un système possible ou pas dans ces circonstances, la source de danger principale provient-elle de l'environnement sauvage (menace nucléaire, zombie, monstres extra-terrestres) ou des humains censés être civilisés?
- l'arrivée dans ces histoires se fait toujours in medias res, il y a donc aussi toujours une quête du sens: comment en est-on arrivé là, qui est/qu'est la main invisible à l'origine de cette situation exotique (complot politique, expérience scientifique, phénomène religieux, catastrophe naturelle...). Les différents protagonistes sont utilisés pour tester les différentes postures de pensée: acceptation aveugle, remise en question forcenée, dénis etc...
Je pourrais donner des exemples de comment chacune de ces séries répond à ces questions, mais toutes 3 sont trop bonnes pour que je vous gâche le plaisir, alors mon conseil, plongez dedans!
PS: Il y a au moins deux adaptations série TV de Riverworld, mais comme il le fut dit à Odile Deray en son temps: "Madame, je n'écrirai rien sur votre film c'est une merde". Ben là, c'est pareil.
mercredi 27 juillet 2011
Le manga dans tous ses états

jeudi 23 juin 2011
Sang froid, Alex Kava
Peut on dire d'un livre qu'il est mauvais quand il est totalement insipide? C'est la question hautement rhétorique que je me pause en finissant ce thriller qui a autant de goût que de l'eau distillée. Pour ma défense, je l'ai péché dans la laverie du quartier qui sert de bourse d'échange de livres gratuite. Où il va retourner très vite.
Synopsis : un tueur en série s'attaque à des petits garçons dans une ville dortoir du Nebraska où on dégote essentiellement des mères divorcées qui ont de sérieux problèmes de baby-sitting et de self-confidence. Problème, on a déjà épinglé un type pour les 3 premiers meurtres et celui ci a grillé sur la chaise électrique. Alors, copy cat? Le shérif Nick appelle à la rescousse une profileuse du FBI pour pallier à sa redoutable incompétence.
Le seul suspense, c'est qu'on attend un twist tout au long du bouquin, et qu'il y en a pas : on comprend dès le chapitre 2 qui est le tueur et pis c'est tout. Ah, si peut être on se demande comment va se terminer l'histoire d'amour passionnée mais chaste entre le beau sherif bobybuildé qui est un tombeur mais quand même il a un petit cœur tendre qui bat sous ses pectoraux en béton armé non de zeus et l'agent du FBI froide professionnelle qui a une blessure secrète(eee). Là encore, sans surprise, comme tout bons héros américains, on ne touche pas à une femme mariée, du coup les deux tourtereaux passent leur temps à se tourner autour en ayant des bouffées de chaleurs alors que, pendant ce temps, à Platte city, des mignons petits garçons se font kidnappés et étranglés. Bref, le flirt au travail, ca ralenti les neurones...
lundi 9 mai 2011
Le Village aux Huit Tombes
Un nom qui sonne comme un présage funeste et pour cause. samedi 30 avril 2011
Ellroy et les femmes

Ceux qui ont lu ou vu « le Dahlia noir » ou « L.A. confidential » se doute bien du fait que Ellroy, monument du roman noir américain, a quelques menus problèmes avec le beau sexe. Dans ces œuvres, les femmes, fragiles et fatales, sont soumises à la violence et aux désirs des hommes. Si leurs tripes (comme celles du Dahlia) ou leurs fesses (les prostituées de luxe de LA) sont bien en évidence, leurs cœurs restent éternellement insondables, hors de la portée des hommes.
Et bien en lisant « Ma part d'ombre », on comprend pourquoi. Jean Ellroy, mère de James, a été découverte le matin du 22 juin 1958 étranglée avec son bas dans la petite bourgade d'El Monte, à quelques km de L.A. L'auteur n'a alors qu'une dizaine d'année. Ma part d'ombre est le récit de l'histoire de Jean et de James. Le noyau d'une vie est là, dans le cliché noir et blanche du corps d'une femme « quarante ans/rousse/yeux noisette/ 1m67/60kg » retrouvée sur les abords d'un terrain de sport. Bonjour l'œdipe.
Le livre se scinde en plusieurs parties. Tout d'abord, l'enquête de 1958, précise et chronologique. Pas d'internet pour trouver les suspects, pas de tests ADN, l'enquête revient à user ses chaussures et les témoignages forment l'essentiel des preuves. On retrace les dernières heures de « la Rouquine ». Pourtant, on ne trouvera jamais de suspects convenables.
La deuxième partie retrace la descente aux enfers de James Ellroy, qui avant d'être écrivain à succès fut fils de divorcée, orphelin de mère, voleur à la petite semaine, menteur, tocard, voyeur, obsédé sexuel, drogué, fou pour finir contre toute attente en cadi dans les golfs chic de LA. Les romans policiers et les meurtres sordides de femmes deviennent une véritable obsession, une drogue, qui le rattache à sa mère tout en lui permettant de la désincarner. Le récit est cru, sale.
Enfin, Ellroy raconte l'enquête qu'il a mené en 1994 avec Bill Stoner de la criminelle. Les deux hommes ont repris entièrement le dossier Jean Ellroy. L'occasion pour l'auteur de confronter enfin le fantôme de sa mère et de s'y fondre.
Il m'a fallut un temps infini pour lire ce livre; il est long, très long, pour moi trop long. La première partie est très intéressante. Le style haché et froid permet de contempler ces meurtres de façon chirurgicale, sans pathos et c'est tant mieux. Mais le dernier chapitre (qui couvre 250 pages), on se perd dans une multitude de noms, de témoins, de retour à 0, de répétition. Si cela mime très efficacement les frustrations d'une enquête (qui dure plusieurs mois), j'ai eu du mal à rester accroché.
Un voyage très noir et sans complaisance au cœur d'une certaine Amérique de la fin des années 50, où le rêve se fissure.
dimanche 17 avril 2011
Le Prédicateur de Camilla Läckberg
Le "magazine littéraire" ne s'y est pas trompé : le polar nordique est prolifique. Est ce un héritage des sagas? Le temps est-il tellement pourri en Suède qu'il ne reste qu'à écrire, comme le suggère les musiciens pop de Mando Diao? Quoi qu'il en soit encore un roman d'acte Sud : le prédicateur. mardi 5 avril 2011
auto bio

Le graphisme n'est pas vraiment à mon goût mais le ton et les situations m'ont beaucoup fait rire!
C'est l'histoire d'un trentenaire père de famille qui essaie d'avoir une vie engagée, respectueuse et surtout écolo. Pas facile en fait!
Cela sous la forme d'anecdotes d'une page ou deux qui se suivent et se lient très bien.
Le ton est agréable parce qu'empreint de vérité mais pas moralisateur.
En fait c'est bourré de situations que j'aurais pu tout à fait imaginer ou que j'ai vécues :

- Le propriétaire qui débarque avec le bidon de désherbant et du coup nous voilà à 4 pattes en train d'arracher l'herbe pour lui montrer qu'on peut faire autrement.
- « La voie non lactée » ou comment ne pas réussir à dire non au lait de vache et du coup aux fromages et autres dérivés ou encore au tarama ou...
- Les joies du tri sélectif ou la perplexité devant les poubelles « recyclables » et « autres » pour bien des emballages.
- Les enfants et leur franchise qui mettent parfois mal à l'aise. (Les voilà en train de réprimander un agriculteur qui brûle des pneus, de faire des remarques à d'autres membres de la famille...)
- Les réunions familiales et les confrontations (ou pas) de convictions.
- L'angoisse (mais où va la planète?!...) puis l'euphorie militante à la sortie d'un film et puis les doutes quant à comment faire passer le message.
Et j'en passe plein d'autres que je vous laisserai savourer si je vous ai convaincus.

P.S. : Merci beaucoup Nadia pour le prêt.
jeudi 17 mars 2011
Ma vie après votre mort... deuxième nouvelle!

Voici la 2ème nouvelle du recueil "ma vie après votre mort". Attention, elle est plus crue (...lle):
Il y a encore peu, j'ai découvert un lieu où la pègre établit ses règles, un endroit à cent lieues des clubs de strip-tease et autres casinos : un funérarium où le trafic va bon train.
Ce jour là, j'étais venu travailler en qualité de porteur de cercueil. J'étais alors loin d'imaginer que j'allais lever le voile sur un mystère qui aurait éveillé la curiosité inhérente à tout homme féru de polars, et ce sans même le vouloir.
Le matin était froid, et le vent perçant. Il s'infiltrait entre les fibres de mon costume, tel un millier de piranhas se jetant sur un veau tombé à l'eau, me mordant de ses petites dents gelées, sans que je ne puisse rien y faire. Des murs en brique rouge donnaient à ce funérarium une allure d'entrepôt, ou d'antique caserne de pompiers.
En m'approchant de l'entrée, j'aperçus un légiste en blouse, qui m'observait. Déchiré par le froid, je me dirigeai vers lui, alors qu'il finissait sa cigarette. Il m'invita à entrer, me faisant passer devant les salons de présentation. Il m'ouvrit la porte réservée au personnel, me présentant là le cliché type d'un film de maffieux : quatre gaillards en train de taper le carton autour d'une table d'autopsie.
Tous me jetèrent un regard plus glacial que le vent extérieur. Mon hôte les calma aussitôt, me présentant comme un gars du métier ; ce qu'il avait, selon lui, instantanément lu sur mon visage. Flatté, je me présentai rapidement.
Mon hôte légiste m'informa que j'avais bien une heure et demi d'avance. Ce à quoi je rétorquai que je devais faire face à des problèmes de déménagement en cours, et que, mon ancien propriétaire étant un vil connard, j'étais obligé de venir d'un peu plus loin que d'habitude. Que j'avais mal calculé mon coup pour être à l'heure, et que je lui réservais un chien de ma chienne.
Le légiste m'écouta attentivement, puis me dit, très tranquillement : « Si tu as un souci quelconque avec quelqu'un, nous formons une sorte de petit syndicat, ici... On aime se rendre service, de la main à la main. Pour pas grand chose, nous pouvons t'enlever une grosse épine du pied - même si ladite épine ressemble à s'y méprendre à ton ancien proprio. Pour mille euros, quelqu'un peut disparaître sans trace, sans que l'on ne retrouve jamais le corps... On a aussi un crématorium ici, tu sais... ? »
Je ne savais plus trop quoi dire et je n'en menais pas large. Mon légiste si sympathique venait de me proposer de réduire en cendres mon ancien proprio pour la modique somme de mille euros. Tout ça en se servant sereinement une tasse de café, et sans que ses collègues ne répliquent quoi que se soit. Je me dois d'avouer que l'idée d'incinérer ce crevard me séduisit. L'idée de meurtre, le film de mon crime, tout se mit en branle dans ma tête...
J'inviterais mon ancien proprio pour l'état des lieux, ou une autre peccadille du même ordre. Je l'installerais confortablement, lui offrant un café. Je prétexterais un besoin pressant et filerais dans la salle de bains, où je me saisirais d'une seringue, que je remplirais du premier produit d'entretien à portée de main. Je tirerais la chasse, m'emparerais d'une ceinture assez longue. En ressortant, je passerais derrière lui, injectant directement dans les veines de son cou de l'eau de javel, ou du shampooing. Je passerais la ceinture autour de lui, et serrerais jusqu'à ce qu'il arrête de se débattre. Puis je l'emmènerais dans sa voiture, le portant sur l'épaule. Prétextant au badaud lambda qu'il a trop bu, ce bon vieux tonton, je le conduirais directement au funérarium de mes nouveaux amis, et je leur laisserais la voiture en guise de paiement avec, en prime, 500 euros supplémentaires pour le dérangement...
Tandis que j'imaginais de multiples scénarios, et réglais certains détails de mon forfait, mon légiste me demanda si je voudrais garder un morceau en souvenir de ma victime.
Je sursautai :
« - Est ce possible?
- Bien sûr ! Beaucoup de nos « habitués » ont besoin de garder une relique de leurs victimes, une preuve... Par exemple, le cœur ou une main. Bien souvent, c'est un muscle... car quelques uns préfèrent déguster un morceau choisi de leur victime, le reste étant réduit en cendres. La viande est un peu chère, mais c'est assez vite rentabilisé.
- Rentabilisé ? Dois-je comprendre que vous complétez les horaires diurnes des boucheries du quartier ? Que s'il me faut un filet mignon, je peux passer par vous ?
- Précisément ! Vous n'êtes pas sans savoir qu'il existe sur l'Ile de France un microcosme de cercles cannibales... »
Je restais abasourdi. L'idée de faire payer mon ancien proprio était séduisante, mais de là à aller le manger... Cette pensée m'ôta soudain toute envie meurtrière. Ce gros tas de saindoux serait probablement impropre à la consommation.
Le légiste m’enjoignit de le suivre, et me fis découvrir la salle des tiroirs, où était entreposée la matière première de son macabre commerce. Il me donna quelques conseils sur la question du choix du morceau, le temps de cuisson ; ainsi que le nom de quelques épices qui se marient très bien avec du mollet, ou de la paume de main. Il m'assura que la traçabilité était respectée, et que le choix du corps était fait judicieusement. Qu'il aurait toujours de la «viande fraîche» sous la main ; ce qui me parut logique, étant donné l'absence évidente de stocks permanents dans les frigos.
Je promis à mon Légiste-boucher, non sans une légère sensation de vertige, que j'allais y réfléchir, mais qu'en attendant mon équipe, je boirais bienun café en tapant le carton.
Je repasse souvent dans ce funérarium - pour des raisons professionnelles, bien entendu. Je ne connais toujours pas le goût de la chair humaine, et mon ancien proprio continu de fouler le sol de cette bonne vieille planète... Je ne suis pas rancunier.
par Lens O'Driscoll
Vous pourrez trouver le livre sur http://www.edkiro.fr/ma-vie-apres-votre-mort.html
mardi 15 mars 2011
Ma vie après votre mort

Les différents rôles dans le milieu funéraire sont définis selon l'expérience et le physique de chaque employé, étant donné qu'une cérémonie se déroule comme suit.
Les porteurs et le maître de cérémonie (également chauffeur) arrivent sur les lieux, habituellement un funérarium ou un hôpital. Ils organisent les diverses paperasses ; quand elle n'a pas été faite, ils effectuent ce que l'on appelle la mise en bière. Après avoir présenté à la famille son défunt, ils viennent à la fin du recueillement procéder à la fermeture du cercueil. Puis ils conduisent le défunt et sa famille au lieu de culte, s'il en a été défini un ; dans le cas contraire, ils se rendent directement au cimetière. Là, un dernier adieu est proposé à la famille autour de la sépulture, avant que l'équipe d'agents funéraires ne pratique l'inhumation. C'est seulement après cela que les marbriers scellent la dalle, ou rebouchent le trou. Pendant ce temps là, le maitre de cérémonie annonce la fin des obsèques, remet le registre de condoléances ainsi que tous les papiers nécessaires au représentant de la famille. Finalement, tout le monde regagne ses pénates, le cœur gros ou léger.
En tant que croque-mort, plusieurs habilitations nous sont proposées, bien que nous puissions cumuler les postes suivants.
Premièrement, celui de porteur de cercueil, qui pratique la mise en bière, porte le cercueil, inhume, et assiste le maitre de cérémonie.
Deuxièmement, celui de maître de cérémonie. Il est le lien entre la famille, les porteurs, et les marbriers. Il est le porte parole de sa maison de pompes funèbres, et prend en note les recommandations des familles, ainsi que celles de son équipe. Il prend la parole devant toute l'assistance pour donner à toute la famille, et aux amis de celle-ci, les diverses marches à suivre.
Troisièmement, les marbriers s'occupent de la maintenance des monuments funéraires. Ils creusent la terre, ou descellent une plaque de marbre afin que les agents funéraires puissent pratiquer l'inhumation.
Quoi qu'il en soit, les réquisitions peuvent être exécutées par n'importe qui, du moment qu'il ait le cœur bien accroché.
Mon premier jour commença par une réquisition. Drôle de nom, car avant ce jour, cela n'existait pour moi qu'au cinéma. J'imaginais un inspecteur new-yorkais, ou autre, se pointant un jour devant ma voiture en hurlant : « POLICE! JE REQUISITIONNE CE VEHICULE ! ». Eh bien non, pas du tout ! Les réquisitions ne se limitent pas à ça. Elles peuvent tout aussi bien consister à aller sur des lieux d'accidents dans le but de récupérer le cadavre de quelqu'un, mort loin de tout hôpital, ou maison de retraite. Puis prendre le corps tel quel ou le rassembler, cela dépend des cas. Ensuite l'emmener à l'IML - soit l'institutmedico-légal du coin, pour autopsie et autres examens d'identifications. Le plus délicat dans ce genre de cas est justement de ne pas être trop sensible, surtout si c'est votre premier jour.
Lorsque je pénétrai avec le légiste dans les lieux de ma toute première réquisition, une légère odeur de noisette me vint aux narines. Une femme désespérée, entourée de policiers, pleurait toutes les larmes de son corps. Et là, sur le tapis persan du salon, gisait mon premier « client ». J'eus du mal à m'en approcher. Mais, après un court moment d'observation, et quelques réserves de courage distillées dans ma lâcheté, je m'avançai vers le corps, tentant de reconstituer instinctivement les faits.
Comment un homme d'une quarantaine d'années avait-il bien pu s'électrocuter avec un interrupteur ? Il reposait sur le ventre, la tête tournée sur le côté, dans un angle qui aurait fait rougir des mathématiciens. En m'approchant, je m'aperçus que ce que je prenais pour de la purée de choux-fleurs était en réalité la cervelle du « client ». Le légiste, qui m'attendait penché sur la victime, me murmura : « Il est cuit à point ». Relevant la tête, je captai la conversation qui se tenait dans la cuisine adjacente, et je reconstituai la scène malgré moi.
Monsieur Séguran avait voulu démonter l'interrupteur, qui fonctionnait mal. S'abstenant de couper le disjoncteur car il était soucieux de suivre le match en cours à la télévision, il s'était efforcé de dévisser ledit interrupteur avec un tournevis. C'est par une infortune caractérisée qu'il s'est envoyé de l'index au cerveau 220 volts, et ce pendant près d'une demi-heure. L'entendant pousser d'effroyables hurlements, sa tendre épouse, en proie à la panique, chercha le disjoncteur dans toute la maison. Quand elle le trouva enfin dans une penderie, derrière un ramassis de manteaux et de vestes élimées, elle coupa immédiatement le courant. N'étant plus prisonnier de la fée électricité, Monsieur Séguran tomba en arrière, se retournant dans sa chute, et heurtant à la volée une chaise, qui lui pulvérisa la fontanelle, répandant toutes les idées qu'il aurait pu avoir sur le tapis du salon.
Ma première tâche fut de recueillir la matière grise de Monsieur Séguran, répandue en une coulée poisseuse sur le tapis. Et, bien que l'infernale odeur de noisette rance ne quittait pas mes narines, je raclai et ramassai les neurones de Monsieur Séguran, en me disant qu'après ça, je serais rôdé.
Ce fut au moment de mon premier haut-le-cœur que Madame Séguran,
accompagnée de deux policiers, s'invita au dessus de la dépouille de son époux. « Pourriez vous nettoyer mon tapis correctement, jeune homme ? Il a une valeur sentimentale, à présent. Je ne désire pas que le dernier souvenir que mon mari me laisse soit une tache douteuse sur mon tapis persan. »
Elle ne pleurait plus ; tant bien que mal, je m'exécutai en me serinant que c'était mon premier jour, que je ne devais pas la ramener, qu'il serait malvenu de rembarrer une néo-veuve de deux heures. Je m'empêchai de vomir en frottant, alors que Monsieur Séguran partait sur une civière dans une ambulance silencieuse. Je m'acharnais avec férocité sur la tache, quand mon légiste vint me délivrer, me soufflant comme une vérité universelle : « Tu veux faire carrière dans le pressing? Laisse ça, ils se débrouilleront. On nous attend. »
J'ai su quelques mois plus tard que Monsieur Séguran avait bel et bien coupé le courant avant de s'adonner au bricolage, et que Madame avait rebranché le disjoncteur, pendant que son mari réparait l'interrupteur. Après l'avoir littéralement laissé cuire, elle avait joué la scène de la femme éplorée et stupide, qui ne trouve pas le disjoncteur, en courant partout et hurlant pour donner le change à ses voisins. La police avait découvert qu'il n'y avait pas de match programmé à l'heure de ''l'accident''. Madame Séguran purge à présent une peine d'une dizaine d'années dans une prison française.
par Lens O'Driscoll
Vous pourrez trouver le livre sur : http://www.edkiro.fr/ma-vie-apres-votre-mort.html
dimanche 13 mars 2011
Crime et châtiments
Crime and Punishment
Dostoïevski,Korkos, Mairowitz
vendredi 11 mars 2011
Petit cours d'autodéfense intellectuelle

dimanche 6 mars 2011
Et qui y a t'il sous les pavés de Londres?
Malgré un scénario en béton, des rebondissements ingénieux et des personnages hauts-en-couleur (spéciale dédicace au Marquis de Carabas), la série pêche un peu. Et c'est justement ce que j'aime. Ce projet BBC aurait mérité un budget 3 fois supérieur, particulièrement pour les décors. Mais il ne fait pas oublier que nous sommes en 1996, les sommes allouées aux séries ne dépassaient pas encore le PNB d'un pays en voie de développement. En premier lieux, il y a ce grain caméra « typiquement british », genre DV. Ensuite, le jeu des acteurs est parfois tangent, avec un coté déclamatoire qui n'est pas sans rappeler les pièces de fin d'année du club de théâtre; même si pour le physique, le casting colle à merveille (oui Marquis, celle-là aussi est pour toi). Mais zut, tant pis, au bout de deux épisodes, on oublie tout pour plonger dans cette intrigue originale.
Enfin, Neverwhere fournit, pour moi, le couple de méchants les plus méchants, vicieux, effrayants de l'histoire de la série télé. Mr Croups et Mr Vandemar, genre de Laurel et Hardy des ténèbres, qui détruisent des monastères médiévaux pour le plaisir, égorgent des animaux mignons pour passer le temps et tuent occasionnellement des particuliers pour payer les factures. Quand on pense aux grands méchants, on évoque Hannibal, Mme Bates, le Joker ou Coeur-dur mais pour moi ces derniers personnages sont contenus, que ce soit géographiquement, par leur obsession, par leur modus operandi. Jamais « Mme » Bates ne quittera sa pension minable pour me découper sous la douche; je suis polie avec les vieux messieurs, ce qui me met à peu prêt à l'abri d'Hannibal; le Joker n'existe qu'en réponse à Batman... Mais Mr Croups et Mr Vandemar n'ont rien de logique et vivent à jet d'eurostar de chez moi, entre plusieurs réalités. Ils sont l'incarnation du croque mitaine, avec un costume démodé et un air ridicule. Ces deux personnages étaient au départ façonnés pour une nouvelle pour enfants que Gaiman avait imaginée en 78; je suis bien contente qu'il ait modifié son projet et évité de traumatiser au passage toute ma génération.






