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dimanche 3 juin 2012

Seishi Yokomizo



J'avais déjà évoqué Seishi Yokomizo ici. Deux autres romans sont publiés en français : « La Hache, le Koto et le Chysanthème », « la famille inugami » dans sa version cinématographique; et « la ritournelle du démon ». Depuis je me demande s'il serait plus rapide d'inonder de lettres toutes les maisons d'édition de l'hexagone pour qu'ils traduisent la suite et s'il vaut mieux directement apprendre le japonais.
On retrouve dans les deux romans Kindaichi Kosuke et sa tignasse échevelée. Loin d'être le super flic qui résout les affaires en une semaine; les meurtres s'enchainent, le temps s'étire, les mois passent, toutes les hypothèses sont envisagées, tournées et retournées dans tous les sens. Les personnages et les atmosphères sont magnifiquement dépeints. Yokomizo joue avec les fantômes, les croyances populaires et les chansons oubliées, dans un Japon d'après guerre, tiraillé entre modernité et tradition.

Dans la Hache, le Koto (instrument de musique à corde pincé) et le chrysanthème, le détective se retrouve mêlé à la succession de Inugami Sahee, un industriel fortuné. Ces trois filles, issues de trois lits différents, espèrent que leur fils unique héritera du formidable empire industriel. Mais c'est sans compter l'étrange testament de Sahee, propre à semer la zizanie entre ces femmes particulièrement cruelles. Et Hoichiro, un jeune notaire qui supplie par lettre Kindaichi de venir à Nazu pour démêler l'affaire, est le premier à être assassiné.

La Ritournelle du démon est sans doute mon préféré. Kindaichi va se reposer dans des sources thermales au cœur des montagnes, dans le village d'Onikobe. Quand son vieil ami l'inspecteur lui conseille ces lieux sans prétention, ce n'est pas sans lui raconter l'étrange meurtre qui s'est déroulé 20 ans plutôt et non élucidé. Alors que la fête des morts se prépare au village, les fantômes du passé reviennent dans les montagnes et prennent pour cible les jolies jeunes filles du village.

dimanche 22 avril 2012

La sorcière d'Exmoor


N'en déplaise au titre, on ne parle pas ici de nez verruqueux, de crapaud (quoi que) ou de balais volant. La «sorcière» des lieux est Frieda Palmer Haxby, une écrivain célèbre, intellectuelle, féministe. Venant d'une famille pauvre avec un père travaillant dans les champs de betteraves, elle s'est construite une solide carrière et une petite fortune. Mais ces 3 enfants sont loin des ses mœurs anticonformistes. Cette progéniture a bien réussi -juge, médecin, galeriste- et craint pour le pactole de l'héritage. Ils commencent à croire que l'esprit de la vieille dame bat la campagne quand Frieda décide de s'isoler à Exmoor dans un hôtel gothique qui menace de s'écrouler dans l'océan. Ces quadragénaires, produits de l'aire post tatcharienne, vivent dans des beaux cottages ou dans de splendides appartements londoniens et sont incapables de voir les dangers qui les menacent vraiment : le manque de communication, l'effondrement de leur famille, la fragilité du système de santé, l'étiolement des idéaux... Dans cette famille, tout le monde est égoïste sans être vraiment méchant. Surtout Frieda qui finalement a peut être jeté un sombre sort sur sa famille.
C'est un roman agréable à lire malgré un coté un peu fouillis. On aborde des tas de sujets, de l'industrie alimentaire à la politique britanique, en passant par la guyana et les problèmes de familles -sur plusieurs générations- ce qui fait qu'on ne s'ennuit pas. Le style de Margaret Drabble est incisif et caustique; tout le monde en prend pour son grade. Cependant, on ne sait pas trop ce qui en reste quand on ferme la dernière page du livre.

dimanche 20 novembre 2011

La culture

Désemparée, je suis arrivée au Virgin des champs sans plus avoir de sf à me mettre sans la dent : fini Asimov, Zelazny, Holdstock, Simmons... Or ce magasin abrite un trésor au dernier étage : un vendeur passionné. Il m'oriente vers Iain Banks et son cycle de la Culture.


C'est du space opéra avec tous les ingrédients : vaisseaux spatiaux de tailles continentales; robots aux facultés démultipliées; races étranges qui se croisent aux confins des galaxies... La grande originalité du cycle est la civilisation imaginée avec beaucoup de détails par Banks. La Culture est une société qui dérive à bord de bâtiments aussi grands que des planètes, d'une tolérance sans limite; sans politique particulière, prise de pouvoirs, conflits, ou argent; où les êtres vivants, organiques ou mécanique, travaillent éventuellement pour le plaisir mais sans nécessité; le tout étant administré par les Mentaux, sorte de machines aux capacités de calcul infinies. Alors qu'elle dérive tranquillement dans l'univers, la Culture absorbe peu à peu d'autres sociétés, suffisamment ouvertes et évoluées. Dans le processus, la Culture fait intervenir son unité Contact, qui prépare le terrain et protège les secrets de la Culture. C'est là que le masque de société idéale laisse entrapercevoir un aspect plus cynique, où des drones légèrement psychopathes et des mercenaires peu scrupuleux infiltrent des mondes avec pour mission de les faire pencher «dans la bonne direction». Ce irrite les espèces les plus fières et belliqueuses et mène aux différentes évènements relatés dans chacun des 8 tomes du cycle.

Pour l'instant, je n'ai lu que le tome 1 (l'homme des jeux) et je suis dans le 3 (une sorte de guerre).

L'homme des jeux raconte comment un expert en jeux un peu blasé accepte d'intégrer Contact pour participer à un tournois dans l'empire d'Azad. Ces derniers ont eu le raffinement de créer le jeux le plus complexe jamais imaginer, tout en cultivant des mœurs sadiques. Le roman met en balance le champion de la culture, Gurgeh; et le monde d'Azad extrêmement hiérarchisé.

Une sorte de guerre adopte le point de vue d'un ennemi, un des derniers métamorphes, qui se range au coté des Idirans dans la guerre qu'il les oppose à la culture, et a pour mission de récupérer un Mental qui s'est échappé sur l'intouchable planète de morts.

Je suis un peu mitigée sur le cycle : le fond de l'histoire est fascinant, les scénarios bien pensés et les personnages intéressants; mais j'ai du mal avec le style assez lent de l'auteur. De plus, je n'arrive pas toujours à traduire ses descriptions en paysages mentaux et à me laisser emporter dans l'action. Çà vaut le coup d'essayer et de voir si la plume de l'auteur convient à sa sensibilité. Un grand avantage, il semble que chaque livre peut se lire indépendamment.

dimanche 4 septembre 2011

Quelques lectures de cet été

Et oui, les vacances s'achèvent, ce merveilleux moment pour lutter contre la pile de bouquins qui s'empilent sur les étagères. Quelques livres dont je n'ai pas eu le temps de parler :


L'erreur est humaine : très très drôle. Woody Allen écrit avec beaucoup d'humour, de tendresse et d'acidité. Ses nouvelles prennent place dans des mondes un peu décalés qui font ressortir les défauts et les névroses qui sont les nôtres... enfin plutôt les siennes... mais qui nous font beaucoup rire.



Vie et mort de la population mondiale : on entend un tas de chiffres effrayant à propos de l'évolution de la population de la Terre : d'ici 2050, nous serons 9 milliard, la planète ne tiendra pas à ce rythme... Effectivement, c'est angoissant. Ce livre, écrit par Hervé le Bras, directeur du laboratoire de démographie historique de l'EHESS, replace ces chiffres dans une science : la démographie. Comment ces prévisions sont-elles construites? Existe-t-il plusieurs modèles? On comprend que derrière une notion abstraite (population mondiale) se cachent d'autres problèmes plus précis (ex : quid de la part de l'agriculture dévolue au carburant/alimentation humaine; la baisse de fécondité estelle partout la même...). Un livre très bien écrit et très intéressant, même pour un néophyte comme moi.


La plus belle histoires des plantes : une catastrophe! En fait, je me suis arrêtée très vite. Ce bouquin parle de l'évolution des plantes. Le style interview est désagréable. Ensuite, il est bourré d'inexactitudes, voire il est tellement mal écrit que l'on comprend certaines choses de travers (genre : les plantes et les animaux évoluent, mais pas les bactéries : hé banane, comment on arrive aux souches multi-résistantes?). Il n'y a pas une page où je n'ai pas froncé les sourcils (je suis peut être injuste, n'étant pas non plus une spécialiste d'évolution végétale et ne l'ayant pas terminé, mais vraiment... c'est mauvais). A ne PAS lire.


Cro-magnon toi même : celui-là par contre est très chouette. On a tendance à penser que l'évolution s'est arrêtée avec l'homme et que nous avons substitué la raison aux nécessités de la survie. Que nenni, il reste bien en nous une petite part de cro-magnon, qui pourrait expliquer bien des choses. Michel Raymond, biologiste de l'évolution, pose des questions d'apparence légère comme : pourquoi y-a-t-il de plus en plus de myopes? Pourquoi la crise de l'adolescence? Comment adapter notre régime alimentaire à notre génome? Tout ça de manière claire et ludique. Des tonnes d'illustrations fascinantes sur l'évolution de notre espèce.




La série des True Blood (la communauté du Sud): oui! J'avoue! Et j'ai aimé. Les scénarios sont peut être mieux construits que pour la série, vu que l'auteur n'a pas l'obligation de finir sur un cliff-hanger (paroxysme de suspense) toutes les dix pages. Toutefois, c'est centré sur Sookie, et on perd des personnages jubilatoires comme Lafayette. Pour les fans.



Chrono-minets : pour (re)découvrir Asimov. Ce patronyme évoque de longs space-opéras (Fondation) ou des romans sur les Robots. C'est oublier qu'à ses débuts, Asimov écrivait de petites nouvelles, pour des revues spécialisées de SF afin de financer ses études de biochimie. Chrono-minets reprend certains de ces titres, réunis pour une première ré-édition dans les années 60-70 avec des notes de l'auteur (on sent une inflation de l'ego, mais en même temps, il a de quoi). Les nouvelles sont inégales, mais certaines sont des perles de SF, datant d'avant la seconde guerre mondiale et les commentaires d'Asimov permettent de mieux se représenter sa vie à cette époque. A lire comme des friandises.

lundi 29 août 2011

Après Emily, Charlotte


Continuons dans notre lancée victorienne.

Jane Eyre, publié en 1847, est l'un des romans anglais les plus populaires et étudiés de nos jours. Jane, orpheline, passe une enfance malheureuse. Elevée chez une tante qui la traite comme une inférieure et martyrisée par ses cousins, elle finit par se rebeller. Elle est envoyée dans une pension pour jeunes filles pauvres, Lowood, où l'éducation est stricte et les conditions sanitaires déplorables. Cependant, après qu'une épidémie décime la moitié du pensionnat, les conditions de vie s'améliorent sensiblement. Jane devient un modèle victorien de jeune fille, modeste et appliquée, lissant son caractère rebelle et impétueux. Elle passe 8 ans à Lowood et finit par y tenir le rôle de professeur. Elle a 18 ans quand elle décide de se frotter au monde et d'accepter un poste d'institutrice auprès d'Adèle, la pupille d'un certain Rochester. Sa vie se déroule paisiblement jusqu'à ce que le maître des lieux fasse irruption à Thornfield. L'attirance de Jane pour Rochester, un homme sauvage et solaire, se développe peu à peu malgré leur différence d'âge (il a 20 ans de plus qu'elle) et de conditions sociales (il est riche, elle est pauvre). Cependant, une menace plane sur Thornfield, tout d'abord en la présence de Blanche Ingram, belle et de bonne famille, que Rochester semble vouloir épouser; mais surtout, le château abrite un secret. On entend parfois un rire terrifiant, venant d'appartements fermés à clef et Grace Poole, la servante qui y loge, est pour le moins étrange. Jane Eyre est une nuit réveillée par ce rire maléfique et trouve la chambre de son maître incendiée. Malgré cela, Grace Poole n'est pas inquiétée...

Si ce mélodrame est bien construit et se lit agréablement, je ne comprends pas trop pourquoi ce roman a eu tant de succès. Le style est inégal (la fin est bien mieux écrite que le début) et les personnages finissent par « rentrer dans le moule ». D'après les analyses que j'en ai lues, une clef de ce roman est le fait que Charlotte confronte des valeurs sincères (amour profond; vrai sentiment religieux) et des « masques » (amour de convenance, mariage de raison, appariement convenables entre des jeunes gens de même classes sociales...; lois religieuses). Si certains tabous (la bigamie, les relations parents-enfants, les conditions de vie dans les pensionnats, les barrières de classes) sont abordés, on est loin du tumulte enragé et des sentiments destructeurs des Hauts des Hurlevents. C'est un peu comme comparer une meute de chihuahua avec la chevauchée de Walpurgis. Attention, ça ne signifie pas dire que je ne l'ai pas lu d'une traite pour autant. Surtout, il donne une vision assez effarante de la position féminine de l'époque. Ainsi la description d'Adèle adulte, devenue une compagne idéale : "obligeante, docile, de bon caractère et sérieuse" résume bien les qualités qu'on attend d'une femme!

Charlotte s'inspire de sa propre existence. Le physique de l'héroïne en témoigne : petite (le cercueil de Charlotte Brontë mesurait 1m45), ses traits fades et irréguliers. Ensuite, il y a Rochester, un hybride entre Branwell, le frère débauché (ce qui rappelle les écarts de conduite de Rochester pendant sa jeunesse) et Constantin Heger, le pédagogue bruxellois et marié, dont Charlotte tombe désespérément amoureuse. On retrouve les thèmes de la déception sentimentale, de la séparation, de la différence d'âge et de statut, de l'homme inatteignable. Tout donne l'impression que Jane Eyre est une façon de vivre par procuration cet amour impossible.
Ci dessus un portrait de Charlotte, d'après description (sur Wiki)
A noter pour les adaptations cinématographique une version en 1996 avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle de Jane Eyre (choix judicieux) et Anna Paquin (ouioui, la jolie blonde de True blood) qui incarne l'héroïne jeune; et une version vaudou librement inspirée en 1943 (I walked with a zombie).

Surtout après tout çà, je conseille « L'affaire Jane Eyre », le roman loufoque de Jasper Fforde!

mardi 23 août 2011

Orgueil et préjugés et zombies


Après m'être régalée de l'original « Orgueil et préjugés » de Jane Austen (Merci encore Pangoline qui m'a mis l'eau à la bouche ici et là ), voilà que je tombe sur cette BD parodique écrite par Seth Grahame-Smith et illustrée par Cliff Richards. Mon chéri étant fan de zombies, j'ai été plus qu'intriguée et attirée et l'ai ramenée à la maison.

Les moins :
Le graphisme est plus ou moins travaillé selon les vignettes et on a du coup parfois du mal à reconnaître les personnages féminins.

Les plus :
Je suis une fan de tout ce qui est combats à l'épée version asiatique donc j'ai été servie. (en plus ce sont des femmes !)
Le graphisme est vraiment agréable.
On retrouve bien le ton féministe, ironique et novateur de l’œuvre originale.

Plus et moins :
La parodie est beaucoup plus trash et sanglante (âmes sensibles s'abstenir même si les dessins en noir et blanc rendent l'hémoglobine moins visible), on perd donc bien sûr en finesse et en subtilité. Certaines scènes et intentions des personnages paraissent alors dénaturées mais n'est-ce pas le principe de cette parodie ? ;-)

En bref j'ai bien aimé pour ce que c'est, c'est à dire une parodie et donc loin derrière le roman original. J'ai appris peu de temps après qu'en fait l'auteur Seth Grahame-Smith en avait d'abord fait un roman. J'ai beaucoup aimé la BD mais je ne suis pas sûre que ce soit au point d'en lire le roman...

Je pense que cet interview de l'auteur éclaire un peu ses intentions...


L'homme qui voulait être heureux


Comme beaucoup, je me suis laissée prendre par un des bestsellers de l'été. Très facile et rapide à lire. On se laisse aller au grès d'une histoire pas vraiment novatrice mais agréable et qui porte bien les idées que veut faire passer l'auteur, Laurent Gounelle.
Notre homme est un enseignant en vacances à Bali. Il est déjà tout de même un peu hors normes : il n'a pas choisit les vacances en voyage organisé où on court d'un monument à l'autre et on dort dans des grands hôtels pour touristes en croyant avoir tout vu du pays. Il loue une petite case sur une plage très peu fréquentée et part à la rencontre de lui-même et des gens.
Plusieurs personnes lui ont conseillé d'aller voir un guérisseur local. Il n'est pas malade mais tout de même intrigué et y va. Le diagnostic tombe : il n'est pas heureux !
Commence alors un petit parcours initiatique où le sympathique guérisseur lui propose des épreuves/exercices pour redécouvrir les vraies valeurs de la vie et peut-être le bonheur, pour sortir de toutes ces croyances quotidiennes dans lesquelles il s'enferme.
Je ne suis pas sûre que les références scientifiques soient très sures mais l'ensemble philosophique et psychologique du livre fait office d'une bonne piqûre de rappel de certaines vérités que l'on connait mais que l'on a du mal à avoir tout le temps en tête et encore plus à appliquer...

jeudi 18 août 2011

Mes infidélités avec Emily Brönte

Comme d'habitude, je viens à la littérature par des chemins détournés. Après les zombies pour Jane Austen (ici et là), je suis venue à la jeune sœur Brönte par Jasper Fforde et sa série délicieusement absurde « Thursday Next ». J'ai bien ri dans la scène de « anger management » des hurlevents et j'étais intriguée par de Heathcliff, décrit comme un épicentre du sex appeal trash de la littérature anglaise 19ème. Je fus bien obligée de m'y atteler... et ne fus pas déçue du voyage (malgré mon insomnie de cette nuit, vu que je n'ai lâché le bouquin qu'à 3h du mat et encore à contre cœur).

J'ai adoré détester Heathcliff et vice et versa. J'ai lu ici qu'il fallait « dégothiser » les hauts des Hurlevents ; pourtant, l'ambiance graphique s'y prête à merveille : la lande glacée et inhospitalière, la sinistre demeure, la meute de chiens sauvages qui y règne, les fantômes et surtout (!!!) le regard noir de Heathcliff. Mais le fond est une saga où comment le désir, la violence et surtout un manque flagrant de communication entraînent deux familles dans une spirale de haine.

Le roman est raconté par une femme de charge sympathique et prolixe, Ellen, à un étranger, Loockwood, qui se décrit lui-même comme un asocial. Loockwood loue une maison dans ce pays montagneux pour s'éloigner du monde et doit revisiter sa définition de la misanthropie quand il rencontre son propriétaire, le despotique Heathcliff. En réalité, l'histoire commence 30 ans plus tôt, quand Earnshaw ramène en sa demeure des Hurlevents un orphelin, qu'il nomme Heathcliff. Si le fils ainé, Hindley rejète violemment cet usurpateur, favori du père; sa sœur, une petite chipie qui répond au nom de Catherine, l'adopte et devient son alliée. A la mort de Earnshaw, Heathcliff est dégradé en valet de ferme mais conserve l'affection tendre de Catherine. Les deux sauvageons parcourent la lande et se moquent du monde. Mais l'enfance s'achève et l'écart se creuse entre eux. Catherine se transforme en belle jeune fille, manipulatrice et égoïste, alors que Heathcliff avili par sa position sociale, devient de plus en plus rustre. Quand elle est courtisée par Linton un jeune notable, blond et sensible, Heathcliff ne peut le supporter. Il s'enfuit et décide de se venger de Hindley qui l'a réduit à la misère et des Lintons. Et question vengeance, on peut dire que Monté Cristo est bien enfoncé.

On est surpris par la noirceur des caractères d'Emily Brönte et par l'amour sado-masochiste entre Catherine et Heathcliff, particulièrement quand on pense que le roman a été écrit par une fille de pasteur dans l'Angleterre victorienne. Pourtant je me suis laissée entrainer par cette histoire macabre et complexe, par les descriptions magnifiques des paysages et les sentiments extrêmes des personnages.

A noter qu'il y eut beaucoup d'adaptations cinématographiques, dont une transposition dans les années 30, une au Mexique (par Bunuel) ou encore une version dans le japon médiéval... En cours d'exploration.

(photo ici)

dimanche 31 juillet 2011

Univers post-apocalyptiques

Sujet du jour: les univers post-apocalyptiques. Vous avez 3 heures.

Plutôt que 3 heures, je vais prendre 3 exemples, parce qu'il semblerait que les mêmes thèmes reviennent dans ce genre de situation.
A ma gauche, une suite de romans et quelques nouvelles, écrites par un des piliers de la littérature de science-fiction du XXème siècle, Philip José Farmer: Riverworld.
A ma droite, une bande dessinée, encore en cours de production, avec plein de vrais bouts de zombies dedans (et qui a été adaptée récemment en série à l'écran): the Walking Dead.
A ma...f***... mon autre droite, une autre série télévisée: Jericho.

Petit pitch pour qu'on voit de quoi on parle ici:

  • dans Riverworld, l'intégralité de l'humanité, des néanderthaliens aux "sapiens" de 1983, quelque soit leur langue ou leur religion de leur vivant, est ressuscitée le long des rives d'un grand fleuve au fond d'une vallée encaissée. Le fleuve et la vallée zigzaguent sur la totalité de la surface de la planète. Et dans une région donnée, 80% des gens viennent de la même époque et 20% de tout et n'importe quoi, ie 80% d'égyptiens du moyen empire, plus des traders de ManHatten fin du XXème siècle, des révolutionnaires français et des néanderthaliens pour le reste...
  • dans the Walking Dead, on suit les tribulations d'un groupe de survivants américains, des inconnus regroupés par la force des chose du coté d'Atlanta début XXIème siècle, alors que (ou puisque) la quasi totalité de l'espèce humaine a été transformée en zombies.
  • dans Jericho, l'époque est la même, mais le focus est pointé sur une communauté rurale du Kansas, alors que les 23 principales villes américaines viennent d'être anéanties par des explosions nucléaires.
Planète extra terrestre, zombies et attaque nucléaires,  à première vue, les thèmes pourraient difficilement être plus éloignés (quoiqu'il semblerait que les zombies puissent avoir droit de cité chez Jane Austen). Cependant, même si l'habillage est différent, il sert à explorer les mêmes questions, ou en tout cas, de nombreuses questions communes:
  • comment évolue l'humain en situation de stress ou dans des situations auxquelles il n'a pas été préparé: devient-il un héros ou un bourreau ou reste-t-il avant tout le même. S'il change, est-ce à cause de son environnement, ou son environnement ne fait-il que révéler des comportements latents, que la civilisation actuelle avait réussi à domestiquer ou dissimuler?

  • comment évolue les interactions sociales: retourne-t-on a des systèmes tribaux ou claniques, est-il plus avantageux de créer des grands groupes ou de petites unités, sédentaires ou nomades, la démocratie reste-t-elle un système possible ou pas dans ces circonstances, la source de danger principale provient-elle de l'environnement sauvage (menace nucléaire, zombie, monstres extra-terrestres) ou des humains censés être civilisés?

  • l'arrivée dans ces histoires se fait toujours in medias res, il y a donc aussi toujours une quête du sens: comment en est-on arrivé là, qui est/qu'est la main invisible à l'origine de cette situation exotique (complot politique, expérience scientifique, phénomène religieux, catastrophe naturelle...). Les différents protagonistes sont utilisés pour tester les différentes postures de pensée: acceptation aveugle, remise en question forcenée, dénis etc...


Je pourrais donner des exemples de comment chacune de ces séries répond à ces questions, mais toutes 3 sont trop bonnes pour que je vous gâche le plaisir, alors mon conseil, plongez dedans!

PS: Il y a au moins deux adaptations série TV de Riverworld, mais comme il le fut dit à Odile Deray en son temps: "Madame, je n'écrirai rien sur votre film c'est une merde". Ben là, c'est pareil.

mercredi 27 juillet 2011

Le manga dans tous ses états


Je me souviens des réflexions acerbes de ma mère alors que, petite, je regardais récréA2 ou le club Dorothée : « ce dessin est moche, ils se ressemblent tous. Mais c'est hyper-violent! Comment peux-tu aimer ça? ». Elle ne comprenait pas. Moi je me régalais chaque semaine de Candy, de Juliette je t'aime, de Dragon Ball, de Pat labor et autres héros aux yeux démesurés. C'est le point de départ de Jean-Marie Bouissou. Universitaire, connaisseur de la société et de l'histoire japonaise, le chercheur met sa plume au service d'un genre qu'il a toujours aimé : le Manga. Et il en parle de manière docte, pertinente et bigrement intéressante.

Pourquoi Akira est-il un tel succès? Pourquoi certains dessinateurs n'utilisent que d'infimes variations pour distinguer les personnages (comme une boucle d'oreille, ou une coupe de cheveux)? Existe-t-il un manga féministe? Le « Gaman » (ou voie de la persévérance) est il la seule alternative pour les jeunes japonaises? Pourquoi les éléments féeriques, comme les Yôkais et les Tengus, se mêlent si facilement aux quotidiens des japonais, alors que le contemporain et féerique sont deux mondes clairement séparés en Occident? Comment se reflète la société japonaise au travers du manga au court de ces 70 dernières années?
Ces questions et bien d'autres trouvent des éléments de réponse dans ce livre qui s'appuient sur de nombreux mangas : du dieu Tezuka (père d'Astroboy, de princesse saphir, de Black Jack...) au programme complet de nos après-midis d'adolescence (ragma ½, Ken le survivant, La rose de Versailles -ou Lady Oscar-; Sailor Moon...) en passant par les opus modernes (Inugami, Death Note, 20th century boys...), ce qui permet d'allier un doux sentiment de nostalgie à une meilleure compréhension de cet univers riche et fascinant. Très très bon bouquin.

jeudi 23 juin 2011

Sang froid, Alex Kava

Peut on dire d'un livre qu'il est mauvais quand il est totalement insipide? C'est la question hautement rhétorique que je me pause en finissant ce thriller qui a autant de goût que de l'eau distillée. Pour ma défense, je l'ai péché dans la laverie du quartier qui sert de bourse d'échange de livres gratuite. Où il va retourner très vite.

Synopsis : un tueur en série s'attaque à des petits garçons dans une ville dortoir du Nebraska où on dégote essentiellement des mères divorcées qui ont de sérieux problèmes de baby-sitting et de self-confidence. Problème, on a déjà épinglé un type pour les 3 premiers meurtres et celui ci a grillé sur la chaise électrique. Alors, copy cat? Le shérif Nick appelle à la rescousse une profileuse du FBI pour pallier à sa redoutable incompétence.

Le seul suspense, c'est qu'on attend un twist tout au long du bouquin, et qu'il y en a pas : on comprend dès le chapitre 2 qui est le tueur et pis c'est tout. Ah, si peut être on se demande comment va se terminer l'histoire d'amour passionnée mais chaste entre le beau sherif bobybuildé qui est un tombeur mais quand même il a un petit cœur tendre qui bat sous ses pectoraux en béton armé non de zeus et l'agent du FBI froide professionnelle qui a une blessure secrète(eee). Là encore, sans surprise, comme tout bons héros américains, on ne touche pas à une femme mariée, du coup les deux tourtereaux passent leur temps à se tourner autour en ayant des bouffées de chaleurs alors que, pendant ce temps, à Platte city, des mignons petits garçons se font kidnappés et étranglés. Bref, le flirt au travail, ca ralenti les neurones...


lundi 9 mai 2011

Le Village aux Huit Tombes

Un nom qui sonne comme un présage funeste et pour cause.
La légende veut que, plusieurs siècles plus tôt, les villageois avides aient assassiné 8 samouraïs venus se réfugier dans les montagnes, afin de voler leur or. Le massacre fut vain, personne n'ayant réussi à retrouver le trésor. Depuis une malédiction flotte sur le village dont l'histoire est semée d'évènements tragiques.
Tatsuya est orphelin et a grandi loin du village dont sa mère s'est enfuie alors qu'il était encore un petit enfant. Mais, après la guerre, ses grands tantes le retrouvent, le supplient de rentrer au village et de prendre la direction de la maison de l'Est. Le jeune homme ignore tout des fantômes, des malédictions, des trésors, et plus encore de sa propre et tragique histoire. Quand les empoisonnements commencent à décimer les proches de Tatsuya, les villageois ne peuvent s'empêcher de murmurer qu'il a ramené la malédiction. Bientôt, il leur faudra un bouc-émissaire.

Un très bon livre policier. Dans ces terres isolées et gouvernées par la superstition, les « qu'en dira t-on » et les légendes, on a l'impression de se trouver à la frontière du moyen âge. L'écriture est fluide et belle, les personnages intéressants. Le suspens tient bon tout au long du roman.
Yokomizo Seishi (1902-1981) publie son premier roman policier à l'âge de 19 ans alors qu'il travaille comme employé de banque. Quelques années plus tard, un diplôme de pharmacie en poche, il décide de se rendre à Tokyo pour devenir écrivain, plutôt que de reprendre la boutique familiale. Son travail sera durement éprouvé par une tuberculose et par la guerre (son travail ne sera pas publié pendant toute cette période). Mais après cette sombre période, il connait un succès national, surtout au travers de son détective privé Kosuke Kindaichi (que l'on croise dans le village aux 8 tombes), un petit homme bégaillant et mystérieux. Un genre d'Hercule Poirot japonais. Je lorgne sur l'adaptation cinématographique du « clan Inugami ». Avec un peu de chance pour une prochaine chronique.

samedi 30 avril 2011

Ellroy et les femmes


Ceux qui ont lu ou vu « le Dahlia noir » ou « L.A. confidential » se doute bien du fait que Ellroy, monument du roman noir américain, a quelques menus problèmes avec le beau sexe. Dans ces œuvres, les femmes, fragiles et fatales, sont soumises à la violence et aux désirs des hommes. Si leurs tripes (comme celles du Dahlia) ou leurs fesses (les prostituées de luxe de LA) sont bien en évidence, leurs cœurs restent éternellement insondables, hors de la portée des hommes.

Et bien en lisant « Ma part d'ombre », on comprend pourquoi. Jean Ellroy, mère de James, a été découverte le matin du 22 juin 1958 étranglée avec son bas dans la petite bourgade d'El Monte, à quelques km de L.A. L'auteur n'a alors qu'une dizaine d'année. Ma part d'ombre est le récit de l'histoire de Jean et de James. Le noyau d'une vie est là, dans le cliché noir et blanche du corps d'une femme « quarante ans/rousse/yeux noisette/ 1m67/60kg » retrouvée sur les abords d'un terrain de sport. Bonjour l'œdipe.

Le livre se scinde en plusieurs parties. Tout d'abord, l'enquête de 1958, précise et chronologique. Pas d'internet pour trouver les suspects, pas de tests ADN, l'enquête revient à user ses chaussures et les témoignages forment l'essentiel des preuves. On retrace les dernières heures de « la Rouquine ». Pourtant, on ne trouvera jamais de suspects convenables.

La deuxième partie retrace la descente aux enfers de James Ellroy, qui avant d'être écrivain à succès fut fils de divorcée, orphelin de mère, voleur à la petite semaine, menteur, tocard, voyeur, obsédé sexuel, drogué, fou pour finir contre toute attente en cadi dans les golfs chic de LA. Les romans policiers et les meurtres sordides de femmes deviennent une véritable obsession, une drogue, qui le rattache à sa mère tout en lui permettant de la désincarner. Le récit est cru, sale.

Enfin, Ellroy raconte l'enquête qu'il a mené en 1994 avec Bill Stoner de la criminelle. Les deux hommes ont repris entièrement le dossier Jean Ellroy. L'occasion pour l'auteur de confronter enfin le fantôme de sa mère et de s'y fondre.

Il m'a fallut un temps infini pour lire ce livre; il est long, très long, pour moi trop long. La première partie est très intéressante. Le style haché et froid permet de contempler ces meurtres de façon chirurgicale, sans pathos et c'est tant mieux. Mais le dernier chapitre (qui couvre 250 pages), on se perd dans une multitude de noms, de témoins, de retour à 0, de répétition. Si cela mime très efficacement les frustrations d'une enquête (qui dure plusieurs mois), j'ai eu du mal à rester accroché.

Un voyage très noir et sans complaisance au cœur d'une certaine Amérique de la fin des années 50, où le rêve se fissure.

dimanche 17 avril 2011

Le Prédicateur de Camilla Läckberg

Le "magazine littéraire" ne s'y est pas trompé : le polar nordique est prolifique. Est ce un héritage des sagas? Le temps est-il tellement pourri en Suède qu'il ne reste qu'à écrire, comme le suggère les musiciens pop de Mando Diao? Quoi qu'il en soit encore un roman d'acte Sud : le prédicateur.
Les policiers de Tanumshede sont plus habitués aux conduites en état d'ivresse qu'aux meurtres. Alors que la bourgade touristique croule sous la canicule (et oui, même la Suède est concernée par le réchauffement climatique), voilà que l'on retrouve le cadavre d'une jeune touriste allemande, perché dans les rochers de Fjällbacka. Pour épaissir encore le mystère, le corps est disposé sur 2 squelettes de femme vieux de 20 ans. Les trois corps portent les mêmes marques de brutalité. Cette histoire n'est pas pour aider le tourisme ni l'humeur du chef de brigade. L'inspecteur Hedström se voit contraint de laisser tomber ses vacances et accessoirement sa femme enceinte jusqu'au cou pour déterrer de vieilles affaires de disparition et à se plonger dans les sales histoires de la famille Hult. Puisqu'il y a de la saga familiale à foison : du grand père magnétiseur de foules aux frères ennemis, rivalités, héritage, suicide, duperies sont au rende- vous...
Cet opus est moins bon que les autres : les personnages manquent de substance, spéciale mention à la femme enceinte capricieuse et insupportable, au chef de service absentéiste et fat, au flic décidé et intègre, blablabla... Les clichés nuisent à l'enquête, les abîmes vertigineuses de la famille Hult ne suffisent pas à compenser.

mardi 5 avril 2011

auto bio


BD autobiographique et satirique de Cyril Pedrosa.
Le graphisme n'est pas vraiment à mon goût mais le ton et les situations m'ont beaucoup fait rire!
C'est l'histoire d'un trentenaire père de famille qui essaie d'avoir une vie engagée, respectueuse et surtout écolo. Pas facile en fait!
Cela sous la forme d'anecdotes d'une page ou deux qui se suivent et se lient très bien.
Le ton est agréable parce qu'empreint de vérité mais pas moralisateur.
En fait c'est bourré de situations que j'aurais pu tout à fait imaginer ou que j'ai vécues :

- Le propriétaire qui débarque avec le bidon de désherbant et du coup nous voilà à 4 pattes en train d'arracher l'herbe pour lui montrer qu'on peut faire autrement.
- « La voie non lactée » ou comment ne pas réussir à dire non au lait de vache et du coup aux fromages et autres dérivés ou encore au tarama ou...
- Les joies du tri sélectif ou la perplexité devant les poubelles « recyclables » et « autres » pour bien des emballages.
- Les enfants et leur franchise qui mettent parfois mal à l'aise. (Les voilà en train de réprimander un agriculteur qui brûle des pneus, de faire des remarques à d'autres membres de la famille...)
- Les réunions familiales et les confrontations (ou pas) de convictions.
- L'angoisse (mais où va la planète?!...) puis l'euphorie militante à la sortie d'un film et puis les doutes quant à comment faire passer le message.
Et j'en passe plein d'autres que je vous laisserai savourer si je vous ai convaincus.

P.S. : Merci beaucoup Nadia pour le prêt.

jeudi 17 mars 2011

Ma vie après votre mort... deuxième nouvelle!


Voici la 2ème nouvelle du recueil "ma vie après votre mort". Attention, elle est plus crue (...lle):

Il y a encore peu, j'ai découvert un lieu où la pègre établit ses règles, un endroit à cent lieues des clubs de strip-tease et autres casinos : un funérarium où le trafic va bon train.
Ce jour là, j'étais venu travailler en qualité de porteur de cercueil. J'étais alors loin d'imaginer que j'allais lever le voile sur un mystère qui aurait éveillé la curiosité inhérente à tout homme féru de polars, et ce sans même le vouloir.
Le matin était froid, et le vent perçant. Il s'infiltrait entre les fibres de mon costume, tel un millier de piranhas se jetant sur un veau tombé à l'eau, me mordant de ses petites dents gelées, sans que je ne puisse rien y faire. Des murs en brique rouge donnaient à ce funérarium une allure d'entrepôt, ou d'antique caserne de pompiers.
En m'approchant de l'entrée, j'aperçus un légiste en blouse, qui m'observait. Déchiré par le froid, je me dirigeai vers lui, alors qu'il finissait sa cigarette. Il m'invita à entrer, me faisant passer devant les salons de présentation. Il m'ouvrit la porte réservée au personnel, me présentant là le cliché type d'un film de maffieux : quatre gaillards en train de taper le carton autour d'une table d'autopsie.
Tous me jetèrent un regard plus glacial que le vent extérieur. Mon hôte les calma aussitôt, me présentant comme un gars du métier ; ce qu'il avait, selon lui, instantanément lu sur mon visage. Flatté, je me présentai rapidement.
Mon hôte légiste m'informa que j'avais bien une heure et demi d'avance. Ce à quoi je rétorquai que je devais faire face à des problèmes de déménagement en cours, et que, mon ancien propriétaire étant un vil connard, j'étais obligé de venir d'un peu plus loin que d'habitude. Que j'avais mal calculé mon coup pour être à l'heure, et que je lui réservais un chien de ma chienne.
Le légiste m'écouta attentivement, puis me dit, très tranquillement : « Si tu as un souci quelconque avec quelqu'un, nous formons une sorte de petit syndicat, ici... On aime se rendre service, de la main à la main. Pour pas grand chose, nous pouvons t'enlever une grosse épine du pied - même si ladite épine ressemble à s'y méprendre à ton ancien proprio. Pour mille euros, quelqu'un peut disparaître sans trace, sans que l'on ne retrouve jamais le corps... On a aussi un crématorium ici, tu sais... ? »
Je ne savais plus trop quoi dire et je n'en menais pas large. Mon légiste si sympathique venait de me proposer de réduire en cendres mon ancien proprio pour la modique somme de mille euros. Tout ça en se servant sereinement une tasse de café, et sans que ses collègues ne répliquent quoi que se soit. Je me dois d'avouer que l'idée d'incinérer ce crevard me séduisit. L'idée de meurtre, le film de mon crime, tout se mit en branle dans ma tête...
J'inviterais mon ancien proprio pour l'état des lieux, ou une autre peccadille du même ordre. Je l'installerais confortablement, lui offrant un café. Je prétexterais un besoin pressant et filerais dans la salle de bains, où je me saisirais d'une seringue, que je remplirais du premier produit d'entretien à portée de main. Je tirerais la chasse, m'emparerais d'une ceinture assez longue. En ressortant, je passerais derrière lui, injectant directement dans les veines de son cou de l'eau de javel, ou du shampooing. Je passerais la ceinture autour de lui, et serrerais jusqu'à ce qu'il arrête de se débattre. Puis je l'emmènerais dans sa voiture, le portant sur l'épaule. Prétextant au badaud lambda qu'il a trop bu, ce bon vieux tonton, je le conduirais directement au funérarium de mes nouveaux amis, et je leur laisserais la voiture en guise de paiement avec, en prime, 500 euros supplémentaires pour le dérangement...
Tandis que j'imaginais de multiples scénarios, et réglais certains détails de mon forfait, mon légiste me demanda si je voudrais garder un morceau en souvenir de ma victime.
Je sursautai :
« - Est ce possible?
- Bien sûr ! Beaucoup de nos « habitués » ont besoin de garder une relique de leurs victimes, une preuve... Par exemple, le cœur ou une main. Bien souvent, c'est un muscle... car quelques uns préfèrent déguster un morceau choisi de leur victime, le reste étant réduit en cendres. La viande est un peu chère, mais c'est assez vite rentabilisé.
- Rentabilisé ? Dois-je comprendre que vous complétez les horaires diurnes des boucheries du quartier ? Que s'il me faut un filet mignon, je peux passer par vous ?
- Précisément ! Vous n'êtes pas sans savoir qu'il existe sur l'Ile de France un microcosme de cercles cannibales... »
Je restais abasourdi. L'idée de faire payer mon ancien proprio était séduisante, mais de là à aller le manger... Cette pensée m'ôta soudain toute envie meurtrière. Ce gros tas de saindoux serait probablement impropre à la consommation.
Le légiste m’enjoignit de le suivre, et me fis découvrir la salle des tiroirs, où était entreposée la matière première de son macabre commerce. Il me donna quelques conseils sur la question du choix du morceau, le temps de cuisson ; ainsi que le nom de quelques épices qui se marient très bien avec du mollet, ou de la paume de main. Il m'assura que la traçabilité était respectée, et que le choix du corps était fait judicieusement. Qu'il aurait toujours de la «viande fraîche» sous la main ; ce qui me parut logique, étant donné l'absence évidente de stocks permanents dans les frigos.
Je promis à mon Légiste-boucher, non sans une légère sensation de vertige, que j'allais y réfléchir, mais qu'en attendant mon équipe, je boirais bienun café en tapant le carton.
Je repasse souvent dans ce funérarium - pour des raisons professionnelles, bien entendu. Je ne connais toujours pas le goût de la chair humaine, et mon ancien proprio continu de fouler le sol de cette bonne vieille planète... Je ne suis pas rancunier.
par Lens O'Driscoll


Vous pourrez trouver le livre sur http://www.edkiro.fr/ma-vie-apres-votre-mort.html

mardi 15 mars 2011

Ma vie après votre mort


Dans la vie, on fait parfois des rencontres et on se lie d'amitié avec des gens dont on aurait pas soupçonné la profession. C'est le cas avec Lens, l'auteur de cet ouvrage, un pote dont j'apprécie la discussion, autant que son levé de coude et son amour des belles choses (dans tous les sens du terme). Non content de cela, Lens a deux particularités supplémentaires:
- l'une ancienne, il a été croque-mort
- l'une récente, c'est un auteur publié, d'abord dans le magazine satirique "psykopate", désormais dans un recueil de ces nouvelles toutes vécues.

Je vous laisse juger de la prose de ses deux nouvelles (la deuxième paraîtra dans un prochains billet). Si vous aimez, le livre se retrouvera dans toutes les bonnes librairies début avril.
Moi perso je suis mort de rire à chaque fois que j'en lis une... haaa... monde cruel:

Les différents rôles dans le milieu funéraire sont définis selon l'expérience et le physique de chaque employé, étant donné qu'une cérémonie se déroule comme suit.
Les porteurs et le maître de cérémonie (également chauffeur) arrivent sur les lieux, habituellement un funérarium ou un hôpital. Ils organisent les diverses paperasses ; quand elle n'a pas été faite, ils effectuent ce que l'on appelle la mise en bière. Après avoir présenté à la famille son défunt, ils viennent à la fin du recueillement procéder à la fermeture du cercueil. Puis ils conduisent le défunt et sa famille au lieu de culte, s'il en a été défini un ; dans le cas contraire, ils se rendent directement au cimetière. Là, un dernier adieu est proposé à la famille autour de la sépulture, avant que l'équipe d'agents funéraires ne pratique l'inhumation. C'est seulement après cela que les marbriers scellent la dalle, ou rebouchent le trou. Pendant ce temps là, le maitre de cérémonie annonce la fin des obsèques, remet le registre de condoléances ainsi que tous les papiers nécessaires au représentant de la famille. Finalement, tout le monde regagne ses pénates, le cœur gros ou léger.
En tant que croque-mort, plusieurs habilitations nous sont proposées, bien que nous puissions cumuler les postes suivants.
Premièrement, celui de porteur de cercueil, qui pratique la mise en bière, porte le cercueil, inhume, et assiste le maitre de cérémonie.
Deuxièmement, celui de maître de cérémonie. Il est le lien entre la famille, les porteurs, et les marbriers. Il est le porte parole de sa maison de pompes funèbres, et prend en note les recommandations des familles, ainsi que celles de son équipe. Il prend la parole devant toute l'assistance pour donner à toute la famille, et aux amis de celle-ci, les diverses marches à suivre.
Troisièmement, les marbriers s'occupent de la maintenance des monuments funéraires. Ils creusent la terre, ou descellent une plaque de marbre afin que les agents funéraires puissent pratiquer l'inhumation.
Quoi qu'il en soit, les réquisitions peuvent être exécutées par n'importe qui, du moment qu'il ait le cœur bien accroché.
Mon premier jour commença par une réquisition. Drôle de nom, car avant ce jour, cela n'existait pour moi qu'au cinéma. J'imaginais un inspecteur new-yorkais, ou autre, se pointant un jour devant ma voiture en hurlant : « POLICE! JE REQUISITIONNE CE VEHICULE ! ». Eh bien non, pas du tout ! Les réquisitions ne se limitent pas à ça. Elles peuvent tout aussi bien consister à aller sur des lieux d'accidents dans le but de récupérer le cadavre de quelqu'un, mort loin de tout hôpital, ou maison de retraite. Puis prendre le corps tel quel ou le rassembler, cela dépend des cas. Ensuite l'emmener à l'IML - soit l'institutmedico-légal du coin, pour autopsie et autres examens d'identifications. Le plus délicat dans ce genre de cas est justement de ne pas être trop sensible, surtout si c'est votre premier jour.
Lorsque je pénétrai avec le légiste dans les lieux de ma toute première réquisition, une légère odeur de noisette me vint aux narines. Une femme désespérée, entourée de policiers, pleurait toutes les larmes de son corps. Et là, sur le tapis persan du salon, gisait mon premier « client ». J'eus du mal à m'en approcher. Mais, après un court moment d'observation, et quelques réserves de courage distillées dans ma lâcheté, je m'avançai vers le corps, tentant de reconstituer instinctivement les faits.
Comment un homme d'une quarantaine d'années avait-il bien pu s'électrocuter avec un interrupteur ? Il reposait sur le ventre, la tête tournée sur le côté, dans un angle qui aurait fait rougir des mathématiciens. En m'approchant, je m'aperçus que ce que je prenais pour de la purée de choux-fleurs était en réalité la cervelle du « client ». Le légiste, qui m'attendait penché sur la victime, me murmura : « Il est cuit à point ». Relevant la tête, je captai la conversation qui se tenait dans la cuisine adjacente, et je reconstituai la scène malgré moi.
Monsieur Séguran avait voulu démonter l'interrupteur, qui fonctionnait mal. S'abstenant de couper le disjoncteur car il était soucieux de suivre le match en cours à la télévision, il s'était efforcé de dévisser ledit interrupteur avec un tournevis. C'est par une infortune caractérisée qu'il s'est envoyé de l'index au cerveau 220 volts, et ce pendant près d'une demi-heure. L'entendant pousser d'effroyables hurlements, sa tendre épouse, en proie à la panique, chercha le disjoncteur dans toute la maison. Quand elle le trouva enfin dans une penderie, derrière un ramassis de manteaux et de vestes élimées, elle coupa immédiatement le courant. N'étant plus prisonnier de la fée électricité, Monsieur Séguran tomba en arrière, se retournant dans sa chute, et heurtant à la volée une chaise, qui lui pulvérisa la fontanelle, répandant toutes les idées qu'il aurait pu avoir sur le tapis du salon.
Ma première tâche fut de recueillir la matière grise de Monsieur Séguran, répandue en une coulée poisseuse sur le tapis. Et, bien que l'infernale odeur de noisette rance ne quittait pas mes narines, je raclai et ramassai les neurones de Monsieur Séguran, en me disant qu'après ça, je serais rôdé.
Ce fut au moment de mon premier haut-le-cœur que Madame Séguran,
accompagnée de deux policiers, s'invita au dessus de la dépouille de son époux. « Pourriez vous nettoyer mon tapis correctement, jeune homme ? Il a une valeur sentimentale, à présent. Je ne désire pas que le dernier souvenir que mon mari me laisse soit une tache douteuse sur mon tapis persan. »
Elle ne pleurait plus ; tant bien que mal, je m'exécutai en me serinant que c'était mon premier jour, que je ne devais pas la ramener, qu'il serait malvenu de rembarrer une néo-veuve de deux heures. Je m'empêchai de vomir en frottant, alors que Monsieur Séguran partait sur une civière dans une ambulance silencieuse. Je m'acharnais avec férocité sur la tache, quand mon légiste vint me délivrer, me soufflant comme une vérité universelle : « Tu veux faire carrière dans le pressing? Laisse ça, ils se débrouilleront. On nous attend. »
J'ai su quelques mois plus tard que Monsieur Séguran avait bel et bien coupé le courant avant de s'adonner au bricolage, et que Madame avait rebranché le disjoncteur, pendant que son mari réparait l'interrupteur. Après l'avoir littéralement laissé cuire, elle avait joué la scène de la femme éplorée et stupide, qui ne trouve pas le disjoncteur, en courant partout et hurlant pour donner le change à ses voisins. La police avait découvert qu'il n'y avait pas de match programmé à l'heure de ''l'accident''. Madame Séguran purge à présent une peine d'une dizaine d'années dans une prison française.
par Lens O'Driscoll

Vous pourrez trouver le livre sur : http://www.edkiro.fr/ma-vie-apres-votre-mort.html

dimanche 13 mars 2011

Crime et châtiments

Vous avez toujours voulu lire ce pilier de la littérature russe mais la perspective de vous enfiler plus de 700 pages refroidit vos ardeurs?

Alain Korkos a la solution pour vous: une adaptation de cette oeuvre de Dostoïevski en BD.

Bien que je sois un grand fan des chroniques d'Alain Korkos sur le site d'@rrêt sur images ou sur son blog la boîte à image, je dois bien avouer que je ne suis pas enthousiasmé outre mesure par son style graphique.

L'ouvrage, édité pour l'instant seulement en anglais, offre un bon résumé de l'oeuvre, sans être transcendant.

Verdict: si je voyage dans le passé, je me conseille d'aller le lire dans un Barnes & Nobles le temps d'un Frappucino mocha.


Crime and Punishment
Dostoïevski,Korkos, Mairowitz

vendredi 11 mars 2011

Petit cours d'autodéfense intellectuelle


Normand Baillargeon, éd. Lux, 2005

Vous avez toujours rêvé de devenir expert en décryptage médiatique, une fine lame du langage autant que des graphiques ? Canulars scientifiques et crédulité populaire vous horripilent autant qu'ils vous amusent ? Vous vous délectez autant des pensées de Chomsky que des illustrations de Charb ?

Ce "petit cours d'autodéfense intellectuelle" est fait pour vous !

dimanche 6 mars 2011

Et qui y a t'il sous les pavés de Londres?


Si vous aimez le fantastique, vous avez forcément croisé la route de Neil Gaiman. Cet auteur britannique a percé avec la nouvelle graphique « the Sandman » à la fin des années 80. Mais peut-être le connaissez-vous pour « Stardust » (avec De Niro) ou encore le film d'animation « Coraline »; ou bien pour sa collaboration avec le génialissime Terry Pratchett (qui mériterait qu'on invente un superlatif rien que pour lui) : « Good Omens ». Sinon faut sortir de votre grotte le Samedi. Romans, comics, nouvelles, scénarios de série télé ou adaptations cinématographiques, rien n'échappe à ce touche-à-tout. Il génère des univers personnels et envoutants : intégrant des données de notre quotidien et du rêve, détournant les codes du conte initiatique, construisant de nouvelles mythologies, oscillant du punk au fantastique, Neil Gaiman aime l'autre coté du miroir. J'ai décidé de commencer probablement pas par le meilleur mais par un ovni télé-romanesque : « Neverwhere », exemple quasi-académique du « fantaisie urbaine ». Pour tout dire, c'est le premier du genre traduit en France; c'était en 1998.
Neverwhere est tout d'abord une mini série télé anglaise en 6 épisodes, sortie en 1996. D'après le site fluctua-net; l'auteur, déçu du résultat, écrivit le roman quelques années plus tard.
Un synopsis tout d'abord. Vous êtes vous déjà demandé ce que faisaient les gens qui murmurent bizarrement dans le métro? Où vont les rames sombres qui filent à vive allure sans s'arrêter à quai? Comment on entre dans une station désaffectée? Où vivent les souris qui courent entre les rails? Comment les mendiants en sont arrivés là? Toutes ces questions trouvent leurs réponses dans « le Londres d'en bas », une ville miroir tentaculaire qui se développe entre les égouts, les couloirs du métro, les failles de notre réalité. C'est là que vivent ceux que « le monde d'en haut » a oublié. C'est ce Londres d'en bas que Richard découvre bien malgré lui. Il vit jusque là une existence monotone d'homo-urbanis; quand un soir, il récupère une jeune fille aux abois, sale et dépenaillée, qui semble sortir de nul part. Dès lors, sa vie se délite : sa fiancée le quitte, ses collègues ne le reconnaissent plus, sa carte de crédit ne fonctionne pas... Il ne lui reste qu'une seule solution : retrouver la jeune fille « Porte » et l'aider dans sa quête pour découvrir l'assassin de ses parents (de gauche à droite : Porte, Chasseur, Richard).
Malgré un scénario en béton, des rebondissements ingénieux et des personnages hauts-en-couleur (spéciale dédicace au Marquis de Carabas), la série pêche un peu. Et c'est justement ce que j'aime. Ce projet BBC aurait mérité un budget 3 fois supérieur, particulièrement pour les décors. Mais il ne fait pas oublier que nous sommes en 1996, les sommes allouées aux séries ne dépassaient pas encore le PNB d'un pays en voie de développement. En premier lieux, il y a ce grain caméra « typiquement british », genre DV. Ensuite, le jeu des acteurs est parfois tangent, avec un coté déclamatoire qui n'est pas sans rappeler les pièces de fin d'année du club de théâtre; même si pour le physique, le casting colle à merveille (oui Marquis, celle-là aussi est pour toi). Mais zut, tant pis, au bout de deux épisodes, on oublie tout pour plonger dans cette intrigue originale.
Enfin, Neverwhere fournit, pour moi, le couple de méchants les plus méchants, vicieux, effrayants de l'histoire de la série télé. Mr Croups et Mr Vandemar, genre de Laurel et Hardy des ténèbres, qui détruisent des monastères médiévaux pour le plaisir, égorgent des animaux mignons pour passer le temps et tuent occasionnellement des particuliers pour payer les factures. Quand on pense aux grands méchants, on évoque Hannibal, Mme Bates, le Joker ou Coeur-dur mais pour moi ces derniers personnages sont contenus, que ce soit géographiquement, par leur obsession, par leur modus operandi. Jamais « Mme » Bates ne quittera sa pension minable pour me découper sous la douche; je suis polie avec les vieux messieurs, ce qui me met à peu prêt à l'abri d'Hannibal; le Joker n'existe qu'en réponse à Batman... Mais Mr Croups et Mr Vandemar n'ont rien de logique et vivent à jet d'eurostar de chez moi, entre plusieurs réalités. Ils sont l'incarnation du croque mitaine, avec un costume démodé et un air ridicule. Ces deux personnages étaient au départ façonnés pour une nouvelle pour enfants que Gaiman avait imaginée en 78; je suis bien contente qu'il ait modifié son projet et évité de traumatiser au passage toute ma génération.
Le livre est sans doute plus abouti, mais la série garde son charme. A noter enfin qu'il existe depuis peu une version graphic novel, mais je ne l'ai pas encore lue.