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lundi 20 août 2012

Hotaru no hikari


Hotaru et ses princes charmants Makoto et Takano
S'il fallait une excuse pour lire du shojo, je pourrais invoquer le fait qu'on y apprend pas mal de choses sur la société japonaise. C'est un peu le cas avec Hotaru no hikari, qui malgré un scénario de départ assez atypique dans l'univers tout sucre tout rose du shojo, finit bien vite -hélas- par perdre son originalité. Cela dit, il permet de se poser de sérieuses questions sur la wonderwoman moderne, version tokyoïte...

...puisqu'ici on se penche sur son antithèse : l'Himono-onna (traduction : poisson séché). Hotaru, OL (comprendre office lady) le jour bien habillée-bien pomponnée, le soir se transforme en loque paressant en jogging dans un appart en bordel tout en buvant des bières. Et bien entendu, à l'âge canonique de 27 ans, elle n'est pas mariée. Même si la situation du couple a évolué ces dernières années, qui a lu «Stupeur et tremblements» (1999) ou vu l'étrange «Omoïde poroporo» de Miazaki («souvenirs goutte à goutte», 1991) comprendra que la situation d'Hotaru sent la morue. L'omaï (mariage arrangé) pourrait être la planche de salut...
Mais par un petit tour scénaristique totalement capillotracté, Hotaru se retrouve à partager sa maison avec Takano, 40 ans, fraichement séparé de sa femme, aussi fun qu'un mérou dépressif et accessoirement son boss au bureau. Une cohabitation s'installe, basée sur la gentille maladresse d'Hotaru et sur l'organisation flegmatique et les conseils avisés du quadragénaire. Ce qui va permettre à la jeune femme de sortir avec le garçon de ses rêves Makoto, frétillant designer de 23 ans. Sans surprise : bien sûr elle est trop cruche pour avouer à Makoto qu'elle vit avec Takano et oui çà sent le triangle amoureux, figure de style éculée obligatoire dans l'aquarium shojo. A première vue, on a l'impression que ce manga s'adresse à de jeunes adultes en faisant passer le décors du lycée au bureau et en changeant le cosplay, mais finalement c'est la même histoire, les mêmes ficelles, les mêmes personnages.

Hotaru est totalement dépourvue d'ambition ou de caractères. Au travail elle fait des photocopies, du café, astique les meubles et la moindre de ses initiatives se transforment en catastrophes. On retombe sur le cliché de la fille incompétente mais dont le caractère ouvert et joyeux suffit à ferrer le chaland – toujours des mecs plus gradés, plus beaux, plus intelligents. Mais bien sûr il faut transformer l'«Himono» en «Lovely lady».

AoÎ dans Bleu indigo : la femme parfaite
Puisque la femme idéale qu'elle cherche lamentablement à devenir pour accéder au graal -le mariage- se lève à 4 heures du matin pour pratiquer l'Ikebana (arrangement floral japonais), travaille, cuisine, s'habille à la perfection, et a beaucoup de tact. Mais qu'est ce que le tact pour une femme japonaise? On l'apprend dans Ai yori aoshi (bleu indigo en français), qui vaudrait bien une chronique à elle toute seule sur le machine quotidien. Aoï, belle et élevée dans une richissime famille traditionnelle, décide à tout prix d'épouser son fiancé d'enfance depuis déshérité – Kaoru- et de devenir femme au foyer. Mais revenons à nos moutons (de poussière) : avoir du tact c'est être capable de faire en sorte que le bain de son époux soit à la bonne température juste après lui avoir servi son diner. Cependant, ce tour de force n'implique pas forcément un dédoublement puisqu'on apprend dans Hotaru no hikari que les baignoires japonaises sont pourvues de «furo no futa» (couverture à baignoire sisi).
le furo no futa


Bref, l'histoire se corse : la femme à le choix entre un boulot sans responsabilité ni reconnaissance, redevenir le «grillon du foyer», ou alors une vieille morue. Pas très engageant tout çà? Certes on n'est pas tout à fait dans le «gaman» (voie de la résignation) mais la question au cœur du manga est tout de même peut on être paresseuse et heureuse en amour! Le pire est qu'Hotaru est souvent présentée comme anormale par ce qu'elle laisse trainer ses chaussettes. Certes la série n'est pas terminée, on ne peut donc pas savoir quelle réponse choisi l'auteure, mais çà n'a pas l'air très drôle d'être OL au pays du soleil levant.

mercredi 15 août 2012

Piano forest

 Film réalisé par Masayuki Kojima, sorti en salle en juin 2009.

Shûhei Amamiya est le fils d'un grand et riche pianiste, sa famille trouve donc normal qu'il travaille dur afin de devenir aussi talentueux que son père.
Nous le découvrons dans la voiture qui l'amène dans une ville de province où sa famille va passer l'été.
Comme tout nouveau venu, l'accueil dans sa nouvelle classe est mitigé. Ses nouveaux « camarades » de classe lui proposent une étrange mise à l'épreuve : exercer son talent sur un piano caché dans la forêt. Personne jusque-là n'a réussi à en tirer un son harmonieux et pourtant on entend parfois une mélodie envoûtante s'élever des profondeurs de la forêt.
Kai, un jeune garçon intrépide issu des rues, propose à Shûhei de le suivre dans la forêt. Malgré tous ses efforts, Shûhei n'arrive pas à faire vibrer les cordes du piano. Kai prend alors sa place et le mystère se lève sur les étranges mélodies...
Les deux enfants que tant de choses opposent deviennent alors inséparables et s'affronteront lors d'un concours de piano.

Le graphisme est simple mais joli. L'intrigue est assez sommaire voire manichéenne mais non dénuée d'intérêt : opposition entre talent naturel et sacerdoce, passion et obligation... Le personnage de Kai apporte une énergie pétillante, celui de Shûhei mériterait d'être approfondi. Le tout est accompagné d'une musique qui vaut vraiment le détour (Bach, Mozart, Beethoven et Chopin).

En bref, ce n'est pas un des meilleurs mangas qu'on ai vu mais un moment agréable à passer.
Image issue de : http://www.leblogbebe.com/2009/09/17/piano-forest/

mercredi 11 juillet 2012

Les découvertes culinaires de la Japan expo


La japan expo n'est pas simplement un endroit où claquer des tonnes de thunes dans des mangas et des goodies... de s'intéresser très sérieusement à la culture japonaise, mais c'est aussi un moment pour faire frétiller les papilles au rythme du soleil levant.

Voilà quelques découvertes du week end :

Pour dire vrai, ce n'est pas totalement une nouveauté, vu que quelques restaurants de la capitale ont ajouter ce met du Kaisai à leurs menus, comme chez Aki par exemple, forcément rue saint Anne. Okonomiyaki veut dire littéralement « ce que vous aimez » « grillé », traditionnellement sur une grande plaque chaude, le Teppan. On pourrait comparer çà à une crêpe salée, sauce nippone. Il existe la version originale d'Osaka, mais aussi une recette à étage cuisinée à Hiroshima, ou encore le type monjayaki de Tokyo (voir pour cela l'article de la wikipédia).
La cuisinière qui nous a fait la démo nous a montré qu'il n'est finalement pas si difficile de réaliser un okonomiyaki. Pour preuve cette chouette vidéo pêchée sur youtube (en plus je trouve la voie de la demoiselle adorable) : http://www.youtube.com/watch?v=vIHfMIxEHdY
Le plus problématique reste de trouver les ingrédients finaux qui font tout le charme de ce plat : bonite séchée (katsuobushi), la sauce à okonomiyaki, ect... Pour remplacer la farine à okonomiyaki, on peut utiliser un mélange de farine tamisée classique additionnée d'un peu de levure. Cependant, au contraire de ce que dit la vidéo, notre cuisinière conseillait de ne pas mélanger trop vivement la pâte. Bien entendu comme c'est « ce que vous aimez » le porc peut être remplacé par du boeuf, des crevettes, ou même simplement des légumes, voir un mélange de tout çà. C'est délicieux et très nourrissant (surtout avec la mayonnaise). Se déguste avec de la bière. Image péchée ici

Les takoyakis
Ou « pieuvre grillée ». De délicieuses boulettes de pâte fourrées à l'octopus. Encore une merveille venue d'Osaka. Cà fond dans la bouche. Comme pour les okonomiyaki, ils sont agrémentés de sauce, de katsuobushi, d'aonori (algue)... Le cuisinier fait tourner avec dextérité les petits boules avec ses baguettes dans un platspécial. 
Encore la même jeune fille nous propose de réaliser à la maison nos propres takoyakis : http://www.youtube.com/watch?v=mFw1FYkqqGs&feature=relmfu
Servi par 6, c'est un plat de rue à ne pas louper si l'occasion se présente.


images pêchées ici et là

Curry de légumes japonais
Ce petit sachet peut changer vos menus de la flemme du samedi soir. C'est très gouteux, très parfumé sans être trop piquant (juste le petit kick qui faut) et y a juste à claquer le contenu dans un micro-onde et à rajouter du riz. On peut donc être paresseux et gourmet.

dimanche 3 juin 2012

Seishi Yokomizo



J'avais déjà évoqué Seishi Yokomizo ici. Deux autres romans sont publiés en français : « La Hache, le Koto et le Chysanthème », « la famille inugami » dans sa version cinématographique; et « la ritournelle du démon ». Depuis je me demande s'il serait plus rapide d'inonder de lettres toutes les maisons d'édition de l'hexagone pour qu'ils traduisent la suite et s'il vaut mieux directement apprendre le japonais.
On retrouve dans les deux romans Kindaichi Kosuke et sa tignasse échevelée. Loin d'être le super flic qui résout les affaires en une semaine; les meurtres s'enchainent, le temps s'étire, les mois passent, toutes les hypothèses sont envisagées, tournées et retournées dans tous les sens. Les personnages et les atmosphères sont magnifiquement dépeints. Yokomizo joue avec les fantômes, les croyances populaires et les chansons oubliées, dans un Japon d'après guerre, tiraillé entre modernité et tradition.

Dans la Hache, le Koto (instrument de musique à corde pincé) et le chrysanthème, le détective se retrouve mêlé à la succession de Inugami Sahee, un industriel fortuné. Ces trois filles, issues de trois lits différents, espèrent que leur fils unique héritera du formidable empire industriel. Mais c'est sans compter l'étrange testament de Sahee, propre à semer la zizanie entre ces femmes particulièrement cruelles. Et Hoichiro, un jeune notaire qui supplie par lettre Kindaichi de venir à Nazu pour démêler l'affaire, est le premier à être assassiné.

La Ritournelle du démon est sans doute mon préféré. Kindaichi va se reposer dans des sources thermales au cœur des montagnes, dans le village d'Onikobe. Quand son vieil ami l'inspecteur lui conseille ces lieux sans prétention, ce n'est pas sans lui raconter l'étrange meurtre qui s'est déroulé 20 ans plutôt et non élucidé. Alors que la fête des morts se prépare au village, les fantômes du passé reviennent dans les montagnes et prennent pour cible les jolies jeunes filles du village.

dimanche 20 novembre 2011

Kimi wa petto


Il y a quelques jours une amie me conseillait ce manga. Hélas c'est sans compter ma nature légèrement obsessionnelle qui fait que je me suis depuis avalée toute la série télé depuis et entamé les bd. Kimi wa petto se classe à la limite du shojo (certes, je le déconseille à ceux qui n'aiment pas avoir des petits cœurs en sucre sur leur cup-cake) et du manga de société.
L'héroïne se distingue radicalement des petites lycéennes en marinière qui ont besoin d'un prince charmant pour faire le moindre pas dehors. Sumire est grande (du haut de ses 1m72 elle dépasse tout le monde d'une tête); elle est belle (les gens dans la rue la prenne pour un mannequin); elle est intelligente (sort de la meilleure université du japon et a étudié à l'étranger) et elle mène une brillante carrière de journaliste (qui lui bouffe tout son temps). On pourrait se dire qu'elle a tout. Mais les choses ne sont pas aussi simples dans un monde où les rapports hommes-femmes sont en pleine mutation. Elle doit se montrer ferme et distante pour que ses collègues masculins la prenne au sérieux. Elle impressionne tellement les hommes qu'ils finissent par fuir dans les bras de jolies petites créatures zézayantes qui opinent sagement à tout. Elle ne sait pas s'attirer la sympathie des autres puisqu'elle préfère serrer les dents et travailler dur plutôt que de se mettre à pleurnicher comme ses collègues féminines. Au final, Sumire est très seule, incapable d'exprimer ses frustrations et ses désirs.
Jusqu'au jour où elle trouve au bas de son immeuble un carton avec dedans un jeune garçon blessé et endormi. Elle le sauve, le soigne, le nourri et quand le jeune garçon décide de rester vivre avec elle, elle accepte à condition qu'il devienne son animal de compagnie : une présence avec qui elle peut être elle même, qu'elle cajole, sans qu'il ne lui demande rien et qui obéit à toutes ses demandes. C'est ainsi que le garçon devient Momo. Bien entendu, on soupçonne tout de suite le potentiel cocasse de la situation.
La série est pas mal; bien sur çà reste du soap, mais c'est du soap japonais (la version coréenne est de bien moins bonne qualité). Pour l'instant je la préfère au manga papier parce qu'elle laisse la situation s'évoluer naturellement entre Sumire et Momo et l'actrice est juste magnifique. Ensuite la série est courte : 10 épisodes. C'est une chronique moderne sur la vie au Japon, avec des personnages très attachants.

lundi 4 juillet 2011

Vampire Knight : du concentré de Shojo...


… avec tous les ingrédients : le triangle amoureux, les uniformes d'écolières, les sentiments ambigus, le beau brun qui cache une blessure secrète, le tout teinté d'un peu d'hémoglobine (mais attention, ça reste glam). Surtout une héroïne de Shojo archétypale : Yuki est enjouée, dynamique, optimiste, adorable, pas trop douée en classe et même si elle manie Artémis – une arme redoutable- elle finit toujours par se faire sauver par un de ses chevaliers servants (hein qu'elle est un peu énervante quand même!). Ca faisait bien 10 ans que je n'avais pas marché comme ça avec un Shojo; j'ai accroché à l'univers gothique et aux personnages tendus et charismatiques de Matsuri Hino. C'est romantico-chamalo et un peu niais, mais c'est tellement bon!

Le premier souvenir de Yuki est d'avoir été attaquée par un vampire … et sauvée par un autre, Kaname. A partir de ce jour, elle voue une adoration sans borne à son sauveur. Elle est adoptée par Kaien Cross, un drôle de bonhomme idéaliste. Kaname et Kaien rêvent d'un monde où vampires et humains coexistent, grâce à des pilules qui teintent l'eau en rouge (toutes ressemblances avec une autre série sont tout à fait normales). C'est dans ce but pacifiste qu'est créée la Cross académie : les classes de jours servent d'alibi aux classes de nuit qui accueillent, dans le plus grand secret, la fine fleur de la noblesse vampire. Yuki et l'énigmatique Zero, deuxième fils adoptif de Kaien, sont les gardiens de l'académie : ils sont là pour éviter que les élèves de jour découvrent la vérité à propos de leur camarades nocturnes, mais aussi pour s'assurer qu'ils ne finissent pas en snack. Mission qui n'est pas de tout repos, les élèves nocturnes étant totalement irrésistibles et qu'arrêter un troupeau de collégiennes amoureuses n'est pas facile!
Publié à partir de 2005, le manga connait un succès rapide au Japon. S'en suit une série diffusée en 2008, avec un design des personnages particulièrement réussi. L'anime s'achève après deux saisons de 13 épisodes. La version papier court toujours: on en est au tome 13 en France. Je regrette que l'aspect léger et drôle des premiers épisodes s'estompent pour laisser la part aux drames mais le scénario propose des rebondissements juteux et des énigmes intéressantes. Un shojo typique donc, mais bien fait.
Et pis j'ai un gros faible pour Zéro, na!

vendredi 13 mai 2011

Pas de sushi? Tome III: le plus ancien restaurateur japonais de Paris

Ma cousine a eu la bonne idée de me rendre visite et de me faire découvrir le Takara (http://isaora.free.fr/). On reste entre Palais royal et Opéra pour se rendre chez le plus ancien restaurateur japonais de Paris (près de 40 ans) et classé par Pudlo en 2007 comme l'une des 1000 meilleures tables de France. L'endroit est plus cher que les autres adresses (voir ici) dont j'ai parlé (en particulier pour ce qui est des menus) mais on se laisse séduire par l'aspect traditionnel et par les mille et une petites choses à déguster sur la carte. Plutôt que de prendre des sushis, que mon palais béotien d'occidentale arriverait difficilement à distinguer de ceux de la rue Monsieur le prince, j'ai pioché dans les plats que mes personnages de mangas préférés mangent à longueur de pages et qui m'intriguaient depuis un certain temps. L'onigiri à la prune salé est une révélation! L'option dégustation « 3 entrées » (10 euro) permet de s'essayer une salade d'algues et d'un objet que j'ai classé dans le groupe des mollusques marins (sans me risquer plus loin), du brocoli au miso-blanc et des légumes coupés fins au sésame. Les portions sont minuscules mais les saveurs très équilibrées, la présentation soignée et minimaliste. Le tout est servi par de ravissantes demoiselles en kimono dans un décors bois et papiers japonais. Les fondues japonaises ont fait la réputation du lieux (compter 60 €/personne). Il est avisé de réserver le soir. Un endroit plus pour les gourmets que pour les gourmands, à moins de prévoir un budget conséquent.

lundi 9 mai 2011

Le Village aux Huit Tombes

Un nom qui sonne comme un présage funeste et pour cause.
La légende veut que, plusieurs siècles plus tôt, les villageois avides aient assassiné 8 samouraïs venus se réfugier dans les montagnes, afin de voler leur or. Le massacre fut vain, personne n'ayant réussi à retrouver le trésor. Depuis une malédiction flotte sur le village dont l'histoire est semée d'évènements tragiques.
Tatsuya est orphelin et a grandi loin du village dont sa mère s'est enfuie alors qu'il était encore un petit enfant. Mais, après la guerre, ses grands tantes le retrouvent, le supplient de rentrer au village et de prendre la direction de la maison de l'Est. Le jeune homme ignore tout des fantômes, des malédictions, des trésors, et plus encore de sa propre et tragique histoire. Quand les empoisonnements commencent à décimer les proches de Tatsuya, les villageois ne peuvent s'empêcher de murmurer qu'il a ramené la malédiction. Bientôt, il leur faudra un bouc-émissaire.

Un très bon livre policier. Dans ces terres isolées et gouvernées par la superstition, les « qu'en dira t-on » et les légendes, on a l'impression de se trouver à la frontière du moyen âge. L'écriture est fluide et belle, les personnages intéressants. Le suspens tient bon tout au long du roman.
Yokomizo Seishi (1902-1981) publie son premier roman policier à l'âge de 19 ans alors qu'il travaille comme employé de banque. Quelques années plus tard, un diplôme de pharmacie en poche, il décide de se rendre à Tokyo pour devenir écrivain, plutôt que de reprendre la boutique familiale. Son travail sera durement éprouvé par une tuberculose et par la guerre (son travail ne sera pas publié pendant toute cette période). Mais après cette sombre période, il connait un succès national, surtout au travers de son détective privé Kosuke Kindaichi (que l'on croise dans le village aux 8 tombes), un petit homme bégaillant et mystérieux. Un genre d'Hercule Poirot japonais. Je lorgne sur l'adaptation cinématographique du « clan Inugami ». Avec un peu de chance pour une prochaine chronique.

jeudi 5 mai 2011

Pas de sushi? Tome II : quelques adresses parisiennes

En France, on peut à présent déguster des sushis ou des makis presque partout, selon des formules devenues hyper-stéréotypées. Les restaurateurs ne s'y trompent d'ailleurs pas, l'effet de nouveauté est passé. Pour attirer le chaland, les makis s'occidentalisent (le fameux california maki) ou se colorent (dragon maki). Alors, comment changer du sempiternel N12?
Voici une photo probablement intitulée Jackie Chan a un gros sushi! ok je sors
Dans les « bars tournants », on choisit ses sushi dans de petites assiettes qui circulent sur un tapis roulant, puis on empile les assiettes et on paye à la sortie. Le concept est ludique et permet au client de tester des sushi légèrement atypiques (au poulpe, à l'anguille, aux oeufs de lumps...). Hélas, celui que j'ai tenté, du coté de Montparnasse, n'était ni sensationnel pour la qualité des sushis ni original. Je ne le recommanderais pas particulièrement, si ce n'est pour ceux qui ont un gros appétit et aiment le concept « à volonté » (15 euros le midi).

Pour ce qui est de la cuisine japonaise, il est avisé de trainer du coté d'Opéra et de la rue Sainte-Anne. Chez Koba, 7 rue de la michaudière, est un petit restaurant qui ne paye pas de mine. Un peu sombre, pas hyper reluisant, l'ameublement est fait de bric et de broc : on a l'impression d'être au bled, version soleil levant. Mais premier bon signe : la moitié de la clientèle est japonaise. Et en effet, je me suis régalée. En dehors des habituels sushi ou unagi (anguilles délicieusement caramélisées), le menu dégustation peut satisfaire 2 petits appétits et surtout permet de s'initier à d'autres saveurs : tempuras, teriyaki... Je conseille également le poisson « mi-cuit » fondant et délicieux que je n'ai jamais retrouvé sur une autre carte et le calpico, sorte de petit lait légèrement acide et sucré qui change du traditionnel thé vert ou de l'Asahi.

Un peu plus loin on se rend chez Higuma, 32bis rue Sainte-Anne. Le restaurant se repère facilement à la queue perpétuelle de clients devant la vitrine. Ici pas de sushi, mais des ramens, des gyozas... Les ramen, des nouilles, en soupe ou sautées, font frétiller les papilles. Charme supplémentaire, elles sont préparées devant vous par des chefs aux airs imperturbables (comme tout bons Japonais). On peut y déguster ma madeleine de Proust nippone : l'oyakodon (qui pourrait se traduire approximativement par "toute la famille est dans le plat", rapport au fait qu'on y retrouve du poulet et des œufs) -une très bonne amie japonaise m'avait fait ce plat un soir où elle souhaitait me faire découvrir la cuisine de son pays- mais également d'autres plats typiques comme du tofu et du bœuf haché au piment... Une fois qu'on a réussi à alpaguer une table, c'est bon et c'est pas cher! (rem, la photo est tirée de ce chouette blog dédié à la cuisine japonaise).

En descendant vers le Louvre, on peut enfin s'arrêter dans un bistrot japonais : le Izakaya Issé. Si les formules sont peu nombreuses le midi (boeuf, saumon ou unagi, le jour où nous y sommes allés), la cuisine est plus fine et goûteuse que dans la plupart des restaurants japonais. De plus, ma portion d'unagi était plus imposante que d'ordinaire. Résultat des courses, les papilles sont au VIIème ciel pour 2 euros de plus que dans un japonais classique (compter à partir de 12 euro le menu à midi). Mais le grand plus de cet endroit c'est qu'il propose une quantité absolument dingue de saké! Pour en savoir un peu plus: http://workshop-isse-paris.blogspot.com/
Sur ce, Itadakimasu!

Pas de sushi? Tome I : un rapide historique


C'est parti pour une série sur le Japon (voir ici)! Pour tout dire, j'écris cet article en regardant Black Butler et en mangeant des onigiri maison (c'est pas encore parfait, en particulier pour le riz vinaigré, mais ça progresse). La photo est tirée d'ici. Encore peu connue il y a une quinzaine d'années, la cuisine japonaise s'est fait découvrir au travers d'une de ses spécialités. Rapide, fin, diététique tout en étant consistant, un brin exotique, le sushi séduit.
On peut remonter l'histoire de ce met depuis environ le IIème siècle en Chine! On découvrit que le riz fermenté avait la propriété de conserver les aliments. L'idée transita jusqu'au Japon . Dès le VIIème siècle, pour acheminer le poisson jusqu'aux provinces éloignées des côtes, on l'alternait avec des couches de riz. Une fois à destination, on jetait le riz et mangeait le poisson fermenté et parfois salé (on ne peut ici qu'imaginer l'odeur de ces funazushi).

Au XVème siècle, les habitants d'Edo eurent l'idée de rajouter du vinaigre de riz, améliorant de fait la conservation, le goût et l'odeur du plat. Ainsi naquit une version plus proche des sushis actuels avec l'association « riz-vinaigre-poisson». Mais la réalisation de ces poissons semi-fermentés prend encore beaucoup de temps (6 mois pour faire un funazushi!!). A l'ère Edo, le sushi évolue. Face à la crise, Matsumoto Yoshiichi, un médecin récemment installé à Edo, eut l'idée des « sushis prêts à la commande », une tranche de poisson cru dans dans une boule de riz vinaigré. Ceux-ci firent sa fortune.

Au XIXème siècle, le poisson n'est plus servi entouré de riz, mais surmontant un agglomérat pressé, dans la rue, comme amuse-bouche : c'est le nigirisushi tel que nous le connaissons. Il devint rapidement populaire dans tout le pays. Mais après la deuxième guerre mondiale, les sushis sont contraints de rejoindre l'intérieur des restaurants, pour des raisons sanitaires évidentes.

Dans le makizushi (sushi en rouleau), l'algue Nori est enroulée autour la bouchée pour d'éviter qu'elle ne se dessèche. Certains prétendent que ce serait à l'origine des yakuzas qui, ne voulant pas de riz collant sur leur doigts quand ils jouaient aux cartes, auraient eu cette idée.
Le temakizushi a quand à lui une forme de cône, enroulé dans l'algue. Je ne sais plus d'où je tiens que c'était les cuistots qui, pour manger plus vite, avaient pris cette habitude, qui devint ensuite un plat à part entière.
Et ce n'est qu'un petit aperçu dans nos assiettes. Il existe également des formes « artistiques » de sushi, qui propose des designs complètement fous, comme le montre le livre ci-contre! Quant à la déclinaison de la garniture, elle semble presque sans fin. C'est aussi un bon moyen de varier mon régime flexitarien (voir ici)!
Si on consomme du poissons cru au restaurant, entre amis, ou lors des fêtes, et même de nos jours en barquettes conditionnées, le sushi n'est pas le plat familial typique mais plutôt un met assez haut de gamme, rapport à la fraicheur et la qualité du poisson. C'est un art dans le choix de la matière première, la découpe, le dosage du wasabi, mais aussi dans la présentation avec ce style épuré si cher aux Japonais. Il faut en théorie plusieurs années pour maitriser ce savoir-faire délicat (n'en déplaisent aux formations sur internet qui propose de devenir sushi master en 15 jours... voire trouver l'amour en prime si vous parrainez 600 personnes dans les 3 mois).
Je pense à l'expérience étonnante de De Caunes dans les « Toqués de Tokyo » (reportage excellentissime diffusé sur canal!) : il se rend dans le restaurant de l'un des chefs les plus réputés de Tokyo. Le maître est en droit de choisir quels sushis le client doit manger et à quelle vitesse . De Caunes finit submergé par les sushis, les ingurgitant les uns après les autres avec un air de plus en plus désemparé. Pas si facile à avaler finalement! (voir pour plus de détails sur l'émission ce blog)

samedi 30 avril 2011

Japon royaume des personnages

Si comme moi vous ne passez par le Champ de Mars que lors de la visite de la grand tante Praxède ou celle d'un correspondant allemand, vous n'allez pas souvent à la maison de la culture du Japon à Paris. Et c'est bien dommage.
En ce moment s'y tient une exposition gratuite sur les personnages dans la culture japonaise. Ils sont omniprésents depuis la naissance dans les années 50-60 de Astro-boy et d'Ultraman. Que l'on collectionne les Pokemons, que l'on se transforme en créature rose à paillete à l'adolescence (Kawaï), que l'on tombe amoureux d'une taie d'oreiller à l'effigie de Sailor Moon ou que l'on élise la mascotte de sa province, les personnages remplissent la vie des japonais, toutes tranches d'âge confondues. Plusieurs d'entre eux (les Pokemons, Albator...) sont devenus des ambassadeurs de la culture japonaise à l'étranger au travers des mangas, exportés en Occident (en particulier en France) depuis le début des années 80.
Cette expo se propose dans une première partie de retracer l'apparition de personnages clefs dans les différentes décennies, de brosser un tableau culturel succin du Japon de l'époque et d'expliquer un lien entre les deux. Par exemple, suite à l'explosion de la bulle économique (dans les années 90), on voit émerger des personnages « mous » (dans le texte) et plus rassurants comme cet adorable-trop-kawaï-je-craque-complètement-oui-je-suis-une-fille « Tare Panda » (littéralement panda paresseux). Puis on a l'occasion de regarder quelques des courts métrages amateurs diffusés sur internet et des clichés de l'intégration des personnages dans la vie quotidienne des japonais.
Maintenant l'expo est très courte (compter 30 mn), il ne faut pas s'attendre à y voir déballer une analyse socio-culturelle complète du phénomène. Elle se termine le 21 mai et les portes sont ouvertes de 12h à 19h du mardi au samedi, sauf le jeudi où ils font nocturnes jusqu'à 20h. C'est également ouvert jusqu'à 23h pour la nuit des musées (14 mai).
C'est peut être également l'occasion, pour mes confrères toqués de culture japonaise, de jeter un coup d'œil à leur programmation cinématographique (entrée 2-4euro, donc beaucoup plus abordable qu'une séance de ciné classique, qui veut venir avec moi au « Japan horreur »?) ou encore à leur cycle de conférences.